20/05/2011

Les statues meurent aussi


Photo: lorka
J'ai regardé souvent ce cheval écrasant de sa taille ma petite envergure.
Comment ne pas être impressionnée durablement par ces représentations puissantes ?

Ce genre de créatures immobiles, tantôt cerclés dans leurs moules, parfois divisées en deux dans l'attente d'une restauration ou d'une patine. Petite, j'adorais les imaginer soudainement vivantes et en prendre peur. J'hésitais entre la représentation d'un lieu sacré ou d'un cimetière. Les deux ne sont pas incompatibles.

Musée Bourdelle, Exposition Madame Grès - mai 2011

Le musée Bourdelle, je n'y avais jamais mis les pieds. Il a fallut que Laurence m'en parle pour franchir l'entrée. Et là, une redécouverte de figures familières côtoyées autrefois.


Il en est de certains lieux comme celui-ci qui ornent ma mémoire depuis que mon père m'a fait découvrir son univers de compagnon du devoir.
Ces sculptures, celles d'Antoine Bourdelle précisément, représentent pour moi toute une transmission, l'art d'allier l'esprit et la main, le savoir faire d'une technique. Je ne dis pas que je suis une bonne disciple, je dirais même le contraire, mais reste quelque part ancré en moi le sens du "bel ouvrage", et le mélange des odeurs de métaux chauffés, en fusion, de la sciure, de la pierre. Mon père lui était métallier ou serrurier, on disait. ("Serrurier ? c'est toi qui ouvre les serrures ?")
Bourdelle égal figure paternel, forcément.



Mes premiers travaux de vidéaste, vers les 17 ans, se concrétisèrent dans le filmage d'une coulée d'une statue de Bourdelle, selon la technique de la fonte à cire perdue . Fascinant ouvrage relevant d'une alchimie bien rôdée depuis la nuit des temps qui est celle de la maîtrise du feu.
Contenir la fusion, la combustion, dans un récipient parfaitement adapté à ce genre de contenant vulcanesque, jusqu' au versage délicat dans le moule qui fera fondre la cire , "cire perdue", et y prendra place très naturellement. Ainsi naissent les statues de bronze.

 Ensuite est venue l' envie de filmer le jardin des bronzes et de mettre les statues en relation par le montage et la bande son.
J'ai donc errer longuement dans ce jardin sacré et inspirant, les sculptures me sont devenues familières, vivantes, criantes, sauvages ou bien tendres. J'aime ces bas relief qui narre un récit en deux dimensions. Et j' aime à imaginer que toutes ces figures se répondent quand les visiteurs ont désertés.

L'oeil de Laurence là où personne ne cherche...
Deuxième visite au Musée Bourdelle accompagnée de Laurence G.et Madame Blue à l'occasion de l'exposition de l'oeuvre de Madame Grès, une première grande rétrospective parisienne pour cette créatrice de haute couture, dont l'intégrité de son style est encore source d'inspiration.

Détonnant ce mélange de lignes courbes et de drapés, seule la matière change, mais le souci du détail sculpté reste le même. Ne manque que le mouvement, il est vrai.

Hélènablue, comme une évidence



Deux photos de Guy Bourdin en écho



 "Quand les hommes sont morts, ils entrent dans l'histoire. Quand les statues sont mortes, elles entrent dans l'art. Cette botanique de la mort, c'est ce que nous appelons la culture." 

"Les statues meurent aussi" - Documentaire de Chris marker et Alain Resnais- 1953- 
En 2 parties,  j' ai choisit ici la 2ème


10 commentaires:

le bourdon masqué a dit…

Plus besoin de m'y rendre. J'ai vu ce que je voulais voir au détour d'une fenêtre. Tu sembles admirative sur l'impression de puissance du cheval,il est une unité de mesure de celle-ci. Pour info où te rafraîchir les souvenirs les pattes des statues équestres indiquent si leur cavalier a été blessé ou tué (ou pas) au combat. Il faut compter le nombre de pattes levées. Un peu comme les ailes des moulins indiquent l'actualité du meunier, demande à Héléna elle t'expliquera,il y a encore des moulins dans sa région et quelques cavaliers espagnoles,peut-être ?
Bzzz...

le bourdon masqué a dit…

Sur la vidéo de la coulée, ces flammes vertes sortant du creuset indique la forte proportion en cuivre de l'alliage qu'est le bronze dans les proportions qu'indique le narrateur elle sont variables en fonction de la destination du bronze. En mécanique et usinage le ratio bronze/étain est différent l'adjonction de zinc le pousserai plus vers un laiton comme c'est le cas ici, mais le métallurgiste que je suis ne maîtrise pas toutes les subtilités du sidérurgiste en matière d'alliage.
Re-Bzzz...j'aime trop les fenêtres maintenant.

bizak a dit…

@Laure K
Malheureusement, chez nous, nos statues sont bien mortes et enterrées. Dans mon enfance, j'ai été aussi impressionné, à la vue d'une grande statue, et même souvent, c'était dans la nuit, que le sommeil devenait agité, tellement, je la personnifiais!

manouoche a dit…

J'aime beaucoup la photo avec Hélènablue, une symétrie qui fait rêver entre la penseuse immobile et la réflexion vivante...

bizak a dit…

Moi, j'ai comme l'impresion, avec l'ensemble des statues de Bourdelle, qu'Héléna est ici faite en cire, dans toute sa beauté par un grand artiste, donnant de l'ensemble de l'exposition,une parfaite harmonie!

Laure K. a dit…

@Le bourdon
De par sa taille, celui-ci est impressionnant, oui.
Je ne connais pas cette mesure de pattes...

Ah, tu es un spécialiste aussi. Les proportions, ça c'est du ressort de tout alchimiste !

Laure K. a dit…

@Bizak
Les représentations statufiées portent donc loin leurs potentiels expiatoires ou incantatoires, je ne sais comment on peut le définir, mais à te lire, il semble que ces formes là demeurent puissantes dans la mémoire.Effectivement.

Laure K. a dit…

@Manouche
Oui, tout est dit.
Merci

le bourdon masqué a dit…

"Si le cheval a les deux pattes avant en l’air, cela signifie que le guerrier est mort au combat. Un héros ! C’est plus classe pour la postérité.
Si l’équidé a une seule jambe antérieure levée, cela implique que le militaire a été bien amoché au combat, mais que, bon, on a pu le ramener avant qu’il ne rende son dernier souffle sur le champ de bataille. Mais Il est finalement mort des blessures inhérentes à la baston. Un battant quand même !
Si l’ongulé a ses quatre sabots sur le socle, alors là, rien de glorieux. Le bonhomme, certes reconnu en son temps, est alors parti de mort naturelle, vieux, riche, avec de la bedaine, devant « les feux de l’amour »."
(source blog "culture générale")mais je l'avais vu, entendu ailleurs, mais où ?

Laure K. a dit…

@le bourdon
Fameux !