06/05/2011

Une époque formidable


Les Matins - Frédéric Lordon par franceculture

D'un retournement l'autre. Comédie sérieuse sur la crise financière, en quatre actes, et en alexandrins de Frédéric Lordon - Seuil - 14 €

Entretien avec F. Lordon sur France Culture (15 minutes de bonheur !!) :

extrait :
ACTE III, scène 2

Le bureau du président de la République, les banquiers — tout juste rescapés du désastre par l’intervention de l’Etat.
Et au milieu d’eux un conseiller un peu particulier, voix improbable de la critique du système au cœur du système.

Le banquier

Monsieur le Président, votre haut patronage
Nous offre l’occasion de multiples hommages.
A votre action d’abord qui fut incomparable
Et victorieusement éloigna l’innommable.
Mais à votre sagesse nous devons tout autant
La grâce que nous vaut le parfait agrément
De vous entretenir et d’avoir votre oreille,
Pour éloigner de vous tous les mauvais conseils.

Le quatrième banquier


Nous savons le courroux qui saisit l’opinion,
Tout ce que s’y fermente, toute l’agitation.
Nous entendons la rue rougeoyant comme forge
Vouloir nous châtier, nous faire rendre gorge.
Le peuple est ignorant, livré aux démagogues,
Outrance et déraison sont ses violentes drogues.
Il n’est que passion brute, impulsion sans contrôle,
Un bloc d’emportement, et de fureur un môle.

Le troisième banquier


Mais nous craignons surtout que des opportunistes,
Sans vergogne excitant la fibre populiste,
Propagent leurs idées, infestent les esprits.
Ils ne nous veulent plus que raides et occis.
Même les modérés sont assez dangereux.
Incontestablement ils semblent moins hargneux,
Et s’ils n’ont nul projet de nous éradiquer,
Ils ne veulent pas moins nous faire réguler...

Le banquier


Il ne faut rien en faire, monsieur le Président,
La chose n’aurait que de grands inconvénients.
A-t-elle en apparence le renfort du bon sens ?
Elle n’en est par là que plus grande démence.
Le marché, de la crise, doit sortir raffermi,
Certes il connaît parfois quelques péripéties,
Mais toute la nature est sujette à des cycles,
Il n’y a pas là de quoi édicter des articles.
Qui voudrait s’opposer au retour des saisons,
Empêcher des planètes la révolution ?
Aux marchés nous devons ce genre de sagesse,
A ses fluctuations il faut (...)

4 commentaires:

bizak a dit…

Le monde de la finance est comme celui de la politique: c'est eux qui décident et c'est la société qui trinque!
On dit chez nous (en traduction): le parieur ou le joueur c'est H'mida et le trésorier c'est H'mida!
Cela veut dire , c'est du pareil au même!
Mais l'idée de mettre ça en alexandrin et d'en faire une comédie est interéssante!

le bourdon masqué a dit…

demandant à un mulet:
"qui est ton père?"
il me répondit:
"mon oncle est un cheval."
Bzzz...

Laure K. a dit…

@Bizak
Je trouve la forme de l'essai plutôt pertinente. Il y a un amusement irrévérencieux à placer cette farce monstrueuse dans un style d'une autre époque. Comme si l'Histoire même récente ne pourrait que mieux se lire avec du recul.

Laure K. a dit…

@le bourdon
:-)