05/04/2012

Portrait d'une rebelle


"Vraiment je ne vis que lorsque j'écris"

Anne Marie Schwarzenbach


Annemarie Schwarzenbach se disait marquée par « la malédiction de la fuite ». Soucieuse de prendre ses distances avec un milieu familial qui l oppresse et la culpabilise, elle illustre aussi le « déracinement historique » de toute une génération après l effondrement des valeurs qui a résulté de la Première Guerre mondiale.

Ses voyages sont de deux sortes, auxquelles correspondent deux styles d écriture. En Europe et en Amérique, elle part à la rencontre des autres. Ses reportages – textes et photos – dénoncent l injustice sociale (aux Etats-Unis en proie à la Grande Dépression) et la menace des libertés démocratiques en Espagne, à Moscou, en France, en Allemagne où elle voit avec anxiété grossir le « nuage noir » du nazisme. Les articles qu elle publie dans la presse suisse, les lettres qu elle adresse à ses amis (Klaus Mann, Claude Bourdet), témoignent d une conscience exigeante, révoltée.

En Afrique, en Asie, elle poursuit une quête intime de sens, de vérité, qui prend une forme plus littéraire. C est en Orient, pour elle, que « bat le coeur du monde ». Ses voyages au Congo, en Turquie, en Perse, en Irak, en Afghanistan, sont comme un retour aux origines – origines de l Europe, innocence originelle d une humanité qu elle voit ailleurs emportée par un soi-disant progrès qui se révèle en réalité un facteur d abaissement. C' est sous ces cieux-là qu en de rares instants de plénitude, cette mélancolique invétérée communie avec la « joyeuse sérénité de la terre ».

La résistance à la bêtise commence n'importe où, n'importe quand.

15 commentaires:

bizak a dit…

Quelle femme extraordinaire et quelle vie fabuleuse et tellement riche! Elle avait disparu trés tôt, dommage!Merci Laure de nous la faire découvrir.

helenablue a dit…

Ah! Que oui! La résistance à la bêtise...
Beau portrait. Quelle femme!

le bourdon masqué a dit…

résister à une force par une autre force d'intensité équivalente certe d'une direction opposée, mais où est le bon sens ?

Joyeux chocolats pour L.
Bzzz...

Frederique a dit…

Elle est indissociable d'Ella Maillart, si forte ! Avez-vous lu "La voie cruelle" ?

Laure K. a dit…

@Bizak
Disparue trop tôt, certainement, elle aura oeuvré contre le nazisme au temps où le terme de "résistance" signifiait concrètement bien des choses. Un terme qu'il a fallut remettre à l'ordre du jour en ce week-end Pascal familial.

Laure K. a dit…

@Helenablue
La bêtise elle, est aux portes de nos paliers.

Laure K. a dit…

@Le bourdon
J'imagine que vous butiniez à gauche à droite ce we pour retrouver du bon sens à tout ça, le bourdon ? :-)

Laure K. a dit…

@Frédérique
J'ai eut à peu prêt toute son oeuvre dans les mains, mais n'ai pas eu encore le loisir de tout parcourir.
Un jour.
Pourquoi celui-ci pour vous ?

alex a dit…

comme beaucoup je suppose, j'ignorais tout d'Anne Marie S.
je me suis laissé gagner par cet excelent docmentaire d'Arte sans voir l'heure passé. Et je te remercie beaucoup d'avoir remédié à
mes lacunes sur cette personne dont les écrits non publiés laissent eux aussi un sentiment de révolte et d'incompréhension contre ces bien pensants de la culture sélective.
bravo à toi pour cette découverte que tu nous fais faire
p: tu m'a dis que tu allais voir TWIXT de Coppola, j'attends quand ce sera fait tes impressions avec beaucoup d'iintérêt là encore
amitié!

zoé lucider a dit…

Je découvre la rebelle (j'aime les rebelles). Merki Laure

le bourdon masqué a dit…

j'esquive petite. ;o)
Bzzz...

Laure K. a dit…

@Alex
Quant la résistance est aussi dans le camp des oppressants, il est utile de le rappeler.
Je ne pense pas aller voir Twixt en fait, j'évite les films fantastique avec des jeunes revenantes... pas bon pour mon karma. :-)

Laure K. a dit…

@Zoé
parce que que tu en est une belle, de rebelle Zoé! :-)

Laure K. a dit…

@Le bourdon
Esquive et délice chocolaté...

Frederique a dit…

Difficile de vous transmettre mon point de vue en raccourci. Peut-être l'infini respect avec lequel EM évoque ANS au long de ce périple qui les conduira depuis l'Italie jusqu'en Afghanistan. Je vous livre les dernières lignes d'une note d'EM au terme de son ouvrage : "Puissent ces pages m'aider à me rappeler que c'est seulement en exigeant tout que nous pouvons espérer obtenir ce sans quoi, disions-nous, la vie ne vaut pas d'être vécue".