09/02/2013

Artiste en exil







Des silhouettes voilées de noir se dirigeant vers l'horizon. 
Cette image a retenue mon attention dans le flot ininterrompu d'en face. Parce que le noir et gris des ces êtres humains que l'on sait nés de sexe féminin me rappelle que toutes religions,  telles qu'elles ont été écrites et proférées comme textes sacrés,  n'ont de cesse de légitimé la possession et soumission d'un territoire corporel. 
Ces silhouettes sont toujours une image choquante. La seule allégorie à ma connaissance, vêtue en noir, de pied en cap, se prénomme la Mort. Qu'il y ait un squelette masculin ou féminin en-dessous n'y change rien. Cette vision reste et demeure quelque chose de très singulier dans un paysage.

J'ai voulu connaître l'origine de cette image, et j'ai découvert une artiste iranienne, vidéaste, cinéaste, Shirin Neshat ( lien vers son TED) 

Née en Iran, en 1957, Shirin Neshat a quitté son pays pour les Etats-Unis quelques années avant la révolution islamique de 1979. 
Au terme de ses années de formation en Californie, Shirin Neshat s'installe à New York, dont elle a fait son point de vue sur l'Iran, et plus largement sur l'expérience des femmes dans les sociétés islamiques contemporaines, nourrie par ses fréquents voyages depuis 1990 sur sa terre natale.



Le premier retour dans son pays, en 1990, fut pour Shirin Neshat une " expérience choquante ". " La différence entre ce que j'avais gardé en mémoire de la culture iranienne et ce dont j'étais témoin était énorme, se rappelle-t-elle. Le changement était à fois effrayant et excitant. Je n'étais jamais allée dans un pays dont les fondations étaient si idéologiques. "

 En Iran, depuis le début du siècle dernier, le port du voile fut tour à tour non obligatoire et proscrit (1935-1941). Puis dans les années soixante-dix, il devient signe d'engagement révolutionnaire avant d'être de nouveau obligatoire, mais redessiné au début de la guerre contre l'Irak, afin qu'au lieu de le tenir, dans l'espace public, les femmes retrouvent l'usage de leurs mains, pour remplir des fonctions administratives et éducatives aussi bien que pour tenir une arme.

© Shirin Neshat

" Rapture " (1999), l'œuvre la plus ambitieuse de Shirin Neshat, est une scénographie, où d'un côté une communauté de femmes, toutes drapées de noir, évoluent dans de grands espaces naturels tandis que de l'autre, une communauté d'hommes mènent diverses activités dans l'enceinte d'une forteresse. Dans les sociétés islamiques, la différence sexuelle est affaire de territoire.


En 1999, les autorités iraniennes l'ont déclarée ennemie de la Révolution islamique. 

Que reproche à Shirin Neshat l'Islam chiite? 
Tout d'abord, d'incarner. De colporter le "mauvais oeil" de l'image moderne, "opium de l'Occident" qui a troqué le Verbe absolu contre le simulacre délétère, cette "barbarie" à visage humain. D'avoir embrassé le visage de Satan - fantasme polymorphe opportunément partagé par l'Orient et l'Occident au bénéfice de l'ignorance, de l'ostracisme et de la démagogie stratégique. 
Enfin, de donner à voir.




Shirin Neshat Tracks par MrKaplan



12 commentaires:

le bourdon masqué a dit…

Jana une collègue originaire d'Avhaz près de la frontière iraquienne m'a évoqué la "transition".
Elle à fuit avec son époux,arrivé en France ils sont restés longtemps clandestins avec cet angoisse de se voir "reconduit" puis vint le temps des cartes de séjour.
Français depuis un peu plus d'un an son époux y est retourné sans leur fils possédant la double nationalité ils ont peur que Théo ne puisse revenir avant d'avoir fait son temps kalachnikov à la main.
Jana,elle ne veut plus y retourné elle est devenu athée ou plutôt agnostique romantique je dirais.
Les outrages fait aux femmes pour la raison qu'elles sont "autres" est ce ferment amer de sociétés ou le pouvoir,l'argent affirment la domination de minorités constituées.
Au diable les religions.
Bzzz...

le bourdon masqué a dit…

"a fuit" & "cette angoisse".

La Rouge a dit…

La religion est une affaire d'hommes et de pouvoir, lié aux grandes conquêtes. On n'y échappe pas. Qui dit groupe, groupuscule, dit aussi chef, dit règles puis châtiments et donc pouvoir.

Zoë Lucider a dit…

Merci Laure pour cette découverte. Images très fortes, discours très lucide. Je relayerai dans un prochain billet.

Laure K. a dit…

@Le bourdon

L'année 1979 marque un tournant tragique pour l'évolution du peuple Iranien, et en particulier pour la vie des femmes.
Il fait continuer à dire ce que d'autres préfèrent faire taire et ne pas se voiler la face.

Laure K. a dit…

@La Rouge
Oui, c'est d'une évidence telle que de l'écrire ressemble à ne rien dire.
Ou bien que d'en discuter même avec des proches qui prônent les valeurs religieuses revient à s'adresser à des sourds. Pas grave. Il faut continuer coûte que coûte, même dans un désert.

Laure K. a dit…

@Zoé
Une belle découverte. Oui.
Merci de relayer.

alex-6 a dit…

dans le même ordre d'idée je viens de commenter l'excellent film Saoudien WADJDA et j'ai ajouté ma façon de concevoir le cinéma d'idées....
Bonne semaine à toi!

Laure K. a dit…

@Alex
Ho, merci Alex, ceci me parait passionnant et important.
Je reviens de lire ta conception du film d'idées.
J'y reviendrais plus longuement.
merci.

La Rouge a dit…

Sans être pessimiste, si on regarde du point de vue animal, il y a le clan, la meute, la colonie, peut importe la forme il y a souvent groupe. Je crois au delà de l'humain, il y a toujours une question de survie derrière l'idée du clan. La famille est le premier clan, puis vient l'école et ses règles, ensuite le marché du travail et ses règles. Les religions sont nées du désir de maintenir une cohésion. Si tu ne suis pas le troupeau, tu es mis en marge peut importe par qui, la famille, l'éducation, l'économie.

Je pense à Jodo qui disait que lorsque l'homme s'attaque au mythe fondateur, il est mise à mort. Il a raison.

Je ne dis pas qu'il ne faut pas rien changer mais que la tâche est difficile.

Pour le grand changement, il faut que l'homme apprenne à être seul en côtoyant les autres et non être vide en troupeau. Et c'est pas gagné, y'a des risques de se faire mordre si tu tentes l'aventure.

En dessous de toutes les religions, il y a cette impossibilité de prendre l'idée que l'on est tous séparé de la mère. Il y a cette blessure de naissance terrible que l'on porte tous différemment. Pour que les gens changent, faudrait que dans l'éducation il ai des années entières à consacrer à apprendre à vivre avec soi. Pour l'instant rien ne se fait, et c'est pas demain que ça le fera car économiquement du monde heureux, ça rapporte pas aux dirigeants.

Religion = Pouvoir = Monde en carence = économie.

Mais ceci dis, j'encourage tous actes de prise de position par rapport aux religions et toutes formes de manipulation par la pensée.



La Rouge a dit…

Ce que je trouve positif dans ce message, c'est que la vie suit toujours son chemin. Dans toute forme de ségrégation, une autre organisation émerge et circule. La survie est une force que l'humain ne contrôle pas. Ironique non.

Merci de ce partage.

Laure K. a dit…

@La Rouge

Et bien, je ne sais qu'ajouter à cet état de fait. Sinon, courage !