16/09/2013

L'Être, en clown - Jeux de regards


 
Reconnaître que se tient là un être vivant, toutes pupilles ouvertes, craintif peut-être, avide peut-être, l'accueillir dans ces états, ces émotions et être accueilli pareillement, sans jugements.
Que voit-elle ?
Qui vois-je ?
On ne peut regarder qu' un œil à la fois. N'en fixer qu' un, aussi longtemps que le permet l'exercice, le soutenir, scrupter dans toutes ses couleurs, le monde intérieur qui s'y dessine, y déceller les tracés, les nuances, découvrir le tableau entier sur le globe, trouver cela magnifique de pureté et de graphismes. En faire le tour complet. Longtemps.
A force, sa surface mouillée, lisse, ne renvoie plus que mon propre reflet. S'y retrouver, s'y perdre narcissiquement, s'y mirer, ne voir plus que sa propre image, ne plus tenir compte de l'autre mais s'inspecter soi-même dans ce regard si proche du sien. Ainsi se nomme la mise en abyme. 
Ce moi qui regarde ne voit plus à quel corps appartient cet œil miroir puisque il devient seulement mon anamorphose, dans lequel je me mire. Mais l'autre, en face, respire tant et si bien que je dois revenir à la surface de sa peau, de son visage, compenser la tension occulaire par le souffle.
Prendre conscience de l' humain dans un regard. Et de son humanité, s'en nourrir. Le regard est nourrissant simplement. Mutuellement. Ne rien y projetter d'autre que l'être de vie en présence et l''accueillir tel qu' il est, en l'état.
Changer de partenaire.

Se regarder à présent dans un miroir. Même exercice de découverte. Marcher avec et évaluer dans quelle lumière se dessine telle ou telle lignes, ombres, nuances. Trouver cela très beau et amusant. Finir par se dévisager entièrement, sourire, sourire forcé, froncer les sourcils, grimacer, tirer la langue, regrimacer etc. Tant est si bien que je m'en suis fait éclaté la panse de rire, la tête que j'ai, que je me trimballe, sans déconner, c'est moi toutes ces têtes là ?? 

 Rire de sa propre image, c'est extra. Moment purement ludique et grandement libérateur. A réessayer en cas de mauvaises humeurs.

7 commentaires:

le bourdon masqué a dit…

Ma laideur m'épargne ce genre d'exercice,les miroirs me vomisse.

isdid² a dit…

toutes pupilles ouvertes,
craintif peux être,
avide peux être
de ce que je suis

pupille de ma propre ration de moi

profanation de ce que je vois
de ce que de moi-même je ne voulais pas en corps
ni désirer ni dévoiler



moi


Laure K. a dit…

@le bourdon

Ah...
Un miroir n'accueille pas, il renvoie la balle. A toi même de savoir l'accueillir.

Laure K. a dit…

@Isdid

merci du partage de tes mots, très beau.

"profanation", un terme fort pour cet exercice de l'au-delà du miroir.
Et il y a de cela, oui.
Ce que l'on croit y voir, et ce que l'on imagine qeu l'autre voit me semble tellement plus complexe qu' un simple regard, au final.

Ce sont les projections de pensées, ou émotionnelles qu'on y fait qui complexifie les échanges.

J'ai aimé penser qu'il n'y aurait rien d'autre à ressentir que l'énergie du vivant en-dedans. Simplement, dans cet exercice où transparait pour moi, au final, notre pupille de vie.


Astrid SHRIQUI GARAIN a dit…

Miroirs
Miroirs, jamais encor savamment l’on n’a dit
ce qu’en votre essence vous êtes.
Invervalles du temps,
combles de trous, tels des tamis.
 
Vous gaspillez encor la salle vide
au crépuscule, profonds comme un bois.
Et le lustre traverse ainsi qu’une ramure
de cerf votre aire inaccessible.
 
Vous êtes quelques fois pleins de peinture.
Plusieurs semblent passés en vous, —
d’autres, vous les laissiez aller, farouches.
 
Mais la plus belle restera,
jusqu’à ce que dans ses joues lisses,
clair et défait, pénètre le narcisse.

Sonnets à Orphée , Rainer Maria Rilke,


Un enfant se regarde dans un miroir
Son œil rit noir
Mécontent, il regarde le revers pour voir
Si cette Forme est un corps

Mais il ne voit qu’un mur lisse
Ou la toile d’une araignée méchante
Sombre, il regarde de nouveau sa Forme
Dans le miroir, une lueur sur le verre.
Pier Paolo Pasolini


Seul qui éleva sa lyre… ( extrait)
...  « Le mirage dans l’étang
a beau parfois se troubler ;
connais l’image.
 
Dans l’empire double
les voix se font
tendres et éternelles. »

Sonnets à Orphée , Rainer Maria Rilke,


Deux miroirs qui se font face se « rassemblent » à l'infini.

à bien y regarder...en tous, .on ne se reconnaît bien qu' infiniment !

;)

Nietzsche avait écrit : « L'infini est ici utilisé comme un acide contre la réalité ; à son contact, elle se décompose ».

ça tombe bien puisque la réalité nous emmerde !

Alors comme disait, non pas l'autre, mais Arthur :
«  il faut être voyant ». Un Être voyant !

Laure K. a dit…

@Astrid

C'est dense ! je m'y perds un peu -

Astrid SHRIQUI GARAIN a dit…

Dense....dans ce ..danse?
Also...
"Tanzt, tanzt, sonst sind wir verloren !" ;)