23/10/2013

La place de l'autre

Je reviens d'un voyage, pas loin, mais long, si étendu dans le temps et la durée qu' il me procure toujours une sorte de ré-évolution intérieure.
Pourtant il ne s' y passe aucun évènement majeur, mais ce déplacement n'est jamais non plus anodin.
Il est devenu plus rare et espacé en cinq ans. Le temps du voyage permet cet étirement de soi. J'ai lu en y allant et beaucoup écris en revenant. 
Et peut être, est-ce bien la première fois que je tends un miroir vers moi pendant le trajet du retour. Que je cesse les projections vers l'autre. Parce que le miroir n' y renvoie rien de plus que ce que je sais déjà.

J'entends ces phrases du film Violette:
"- Je vous demande de sortir de ma vie !
- Mais c'est VOUS qui m'avez donné cette place dans la vôtre !
Reprenez votre plume, vos cris ,vos larmes ne vous feront pas avancer."

La place de l'autre...

Celle qu' on lui donne. Parfois jusqu' à l'obsession. Sans conscience du pourquoi.
Il faut faire le trajet inverse plusieurs fois pour commencer à y comprendre quelque chose.

Se perdre de vue. S'oublier dans l'autre. Ne vouloir faire plus qu'un.
Se déresponsabiliser de son sort, de sa solitude, être consciemment responsable de sa volonté de perdition dans l'autre.

L'acte de création est un acte parfois, souvent, de survie. Par incapacité à règler autrement les choses. Ne vivre qu'en survie, c'est se maintenir la tête juste hors de l'eau. Au risque de la noyade, de l'apoplexie, de l' hypertension. Créer parfois c'est être également dans cet état. S'asphyxier à l'autre, mourir à soi. Jouir de cela. En redemander une dose, pour l'éternité.

Tout a été ecrit à ce sujet, je n'en n'ai aucun doute pourtant, comme toute connaissance livresque, sans l'expérience, sans les épreuves, sans l'éprouvement, ça ne signifie rien.

Il est plus facile de vouloir modifier celui qui est en face plutôt que de risquer sa propre ré-évolution.

La création me sauve. L'enfant me sauve. Moi je ne me sauve pas. Moi je risque à chaque fois depuis bientôt trente ans de couler à pic, ça m'est arrivé une fois. Coriace. Mais je replonge quand même plus ou moins aguerrie, je ne sais pas faire autrement.

A mesure où je déverse tout un tas de pensées dans le train du retour, allant des reproches à l'autre, des reproches à moi, des dessins, des larmes, se dessine peu à peu ce que je suis en train d'écrire là.

Une prise de conscience.

Créer son équilibre peut être pas mal aussi comme création et outil de création...

Je comprends mieux à quel point on peut donner de la place à l'autre quant on y va rattaché à sa base, sereinement et solidement. 
Ce que je n'ai pas encore tout à fait.
J'entrevois donc, de nouvelles perspectives d'avenir.
Et je suis contente de les voir par moi-même sans avoir céder à l'appel d'un miroir extérieur que j'attendais tant.

"Tu vois, la magie est là, à qui sait recevoir, de part et d'autre. Et même le silence, l'absence de mots, s'ils nous mettent en rage, peuvent enseigner bien plus loin que de simples conseils." 

Si j'ai bien entendu.











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6 commentaires:

La Rouge a dit…

J'aime beaucoup ce que je lis... je cours dans ma peinture c'est pourquoi je ne t'ai pas réécris au sujet de... mais je vais le faire. Prends soin de toi.

alex-6 a dit…

tu as parfaitement bien entendu comme tu dis
j'ai dis à Blue que la derniere photo quelle publie aurait été avec ton texte une ensemble parfait

Laure K. a dit…

@La Rouge

Merci à toi.

Laure K. a dit…

@Alex

Cher Alex, je ne sais pas comment tu pourrais savoir si j'ai bien ou mal entendu, mais c'est gentil à toi de faire le raccord avec Blue.


Yvan a dit…

Tu dois rien à personne.
Relaxe,please.
xx

alex-6 a dit…

peut être parce que je pensais aux phrases de violette du film que tu cites Mais c'est pas sur que j'ai bien tout compris? Peut être que ton voyage renvoie à un autre film qui fait un tabac "Gravity"? :)