16/07/2016

DU DEVOIR DE LA TRANSMISSION EN MILIEU HOSTILE

J'ai replongé dans le monde média avec beaucoup de prudence et de distance en apprenant la tuerie de Nice. Au vu du carnage médiatique, j'ai bien fait.

Malgré tout, je suis les fils des réseaux sociaux en cette journée d'après 14 juillet en France.
Pourquoi retenons-nous cette date pour faire parader les militaires de ce pays, avec force démonstration d'un pays surtout vendeurs d'armes ? les familles bien patriotiques qui s'ennorgueillissent des défilés j'ai franchement du mal. Et j'ai encore plus de mal avec cette béatitude quand des corps tomberont quelques heures plus tard sur la promenade des anglais à Nice  ...
En un battement d'ailes, l' Histoire répond à L' Histoire.

masque de Dark vador- Star Wars VII
"La haine est revenue, par de petits interstices (…) Elle emprunte toujours le même chemin: elle trouve de vieux défauts à un groupe d' hommes, à leurs moeurs, elle en brandit la dangerosité, la nuisance, pour se répandre toujours plus profondément. D'expérience, je sais qu' elle a gain de cause, souvent, la haine. Elle est rusée, elle exploite la faiblesse des uns, la pauvreté des autres, les vieilles blessures de tous, puis frappe. Et défigure. Sous son masque, on ne reconnaît plus l' homme, on discerne seulement une bouillie d' homme. Dont l' Histoire, cette folle fiction aux conséquences réelles, pourrait bien se repaître à nouveau." 

(extrait du témoignage de Léon, survivant d' Auschwitz 


 Nous sommes en guerre, et le front des combats, c'est nous. Les uns après les autres. Sans étoiles, sans voiles, sans armures. L' ennemi ne porte ni casques ni bottes et ne tiend pas de meeting à la tribune.
Des corps, puis des chiffres, puis des noms, des si, des pourquoi, des bilans accablants,
des " Je suis …" que beaucoup ne veulent plus ni afficher ni écrire ni lire.
Quand on éprouve ce qu' est la perte de la liberté et de l' insouciance, la peur atteind chacune de nos cellules. Je dirais même que cela réveille des démons et des peurs profondément ancrées dans un corps social commun, que deux ou trois générations ont plus ou moins digérer. Cette mémoire transgénérationnelle que l' on transmet malgré soi, que l' on porte malgré tout, commence à recouvrir du sens et c'est à mon avis le réveil des ces intuitions et de ces peurs dont il va falloir se méfier dans les années à venir. Qu'on ne se le dise pas tous les jours est une chose, mais qu'on reconnaisse à quel point tous les événements s' immiscent dans un tissu de mémoire traumatique, il le faut. Et je crois, qu' à ce stade il faut prévenir nos enfants, leur enseigner des valeurs avec une grande présence d'esprit, de recul et d'analyse.

Ces images de Nice que je consulte aujourd' hui, de temps en temps sur mon smartphone s'entrecroisent avec le visionnage de deux documentaires, l' un sur les femmes et Hitler,
l'autre consacré à la vie d' Eva Braun sur la base des images intimes qu' elle a enregistrées dans le cercle privé d ' Adolf Hitler, dont elle a été la maitresse cachée puis l' épouse avant leur suicide.

L' humanité d'un monstre à portée de vue rend encore plus atroce la définition de la barbarie.  Ces instants de vies colorées qui parait dans les images de sa protégée éloigne le dictateur pour le faire homme. L' Homme d' une seule compagne, sa propre matrice: l' Allemagne nazie.  Les femmes qui l'auront intimement accompagnées se seront toutes suicidées. L' homme et le dictateur était une unique et même matière sombre animée par la part la plus obscure de son humanité.



Dans la soirée, je visionne le dernier épisode de Starwars en Vod, bien en retard sur mon planning, mais pleine de curiosité pour le nouvel opus de cette saga, qui reste un souvenir mémorable de ma dixième année. La capacité de notre quotidien à sauter du réel au divertissement je l'accepte, je le gère, mais pour le digérer il faut l'inscrire peut être à un moment.
Je revisite toujours cette saga à l' éclairage d' un Georges Lucas rebelle, qui aurait écrit une parabole contre le système hollywoodien… jadis. Pourrait-t-on, devrais-t-on poser cette grille de lecture fictionnelle sur certains évènements survenus pas plus tard qu' hier, où des forces rebelles ont tenté un coup d'état ?
Qui dès lors est du bon côté de la force ? selon Lucas ? selon les médias ? selon vous ? 

Plus tard, dans ma nuit sans sommeil, je lisle livre d' Ahmed Dramé, "Nous sommes tous des exceptions", le récit d' un jeune homme de banlieue témoignant de son parcours scolaire chaotique
jusque' à la rencontre en seconde avec l' Histoire, celle de la Shoah, au travers d' un concours sur la résistance et la déportation que sa classe de "cancres" gagnera. Il aura suffit d' une professeur d' histoire qui n'avait pas vocation à lâcher une classe dont tout le monde y compris eux-mêmes pensaient ne pas en valoir la peine. Et le livre d' Ahmed Dramé me laisse un goût d'espoir moins amer que le monde où on nous projette quotidiennement, instantanément, sans recul et sans pudeur.


"Ces victimes se sont mises à faire écho, à se déplacer, elles aussi, vers moi. Ces sacrifiés par millions dans l' Holocauste ne sont pas morts tout seuls. Nous sommes morts avec eux, car c'est l' humanité dans sa totalité qui a péri. Je suis mort avec eux parce que je ne suis pas seulement Ahmed Dramé première version, je suis les autres. Je suis Jesse Owens et Mélanie et madame Anglès et mon frère.
J'ai ma propre chair, mais je porte la même peau.
J'ai une histoire particulière, un tajet spécial qui fait de moi une exception. mais j'appartiens autant à l' Histoire, celle de l' Homme, et, à ce titre, je suis les autres."




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