12/04/2012

Le temps d'une clope

C'est un moment où on quitte le repas familial pour prendre sa bouffée d'air; sortir du gargantuesque, de la surface polie, s'asseoir de nouveau sur les marches du perron, celles de nos 2 ans, 10 ans, 18 ans, 23, 36... des années de siège. La clope elle sert à ça, à s'extraire du temps. Comme l'appareil photo en oeillère, comme le carnet noir griffonné, l'instant clope projette un instant, l'écran d'un fumigène mélancolique.
Un retrait de quelques secondes qui deviennent des secondes de permanences. Je pense à  la permanence rétinienne plus exactement, celle qui donne la sensation d'une translation, d'un mouvement. Une recomposition du temps par l'espace et les sens.
L'arbre qui accueillait jadis la balançoire, le portail ferroné en arabesque par mon père, les talus, le lilas, le chant des oiseaux mêmes. Rien ne semble bouger autour de soi à la même vitesse que son propre avancement intérieur. Le degré de conscience des choses, de soi, du monde, change beaucoup plus vite que les paysages de notre enfance. Le temps d'une cigarette c'est un arrêt sur image ou un vortex spatio-temporel aiguisé. J'aime prendre ce temps-là, quand tout autour personne ne prête guère d'attention à la chaleur d'un rayon de soleil. Une seule personne ressent cela, it's my daughter. Alors je sais que pour moi presque tout est transmis dans ce ravissement. Dans cet instant de petit bonheur partagé, j'aimerai simplement pouvoir regarder tomber la cendre de ma dernière cigarette, puisque je n'ai plus besoin d'excuses pour jouir de la vie comme elle est.

10 commentaires:

Hervé SUCHET a dit…

Moi je n'ai jamais tant pris mon temps et mon pied que depuis le jour où j'ai cessé de cloper.
Il ne s'agit, de ma part, que d'une confidence que je souhaite aux fumeurs de partager un jour, ce grand retour, ce grand retour au partage direct, sans intermédiaire.
H.S.

Laure K. a dit…

@Hervé
Je suis mille fois en accord avec toi Hervé, seulement, une miss Hyde ne fait pas qeu sommeiller en chacun de nous, elle tire vers le sol avec une puissance parfois qui ressemble à l'habitude. "Il ne manquerait plus que ça! que j'arrête, que je réussise
à me passer d'elle". ça ressemble à un vautour, et ses griffes bien plantés je les sens depuis longtemps.
Lutte permanente avec son besoin et son bien être.

zoé lucider a dit…

On ne lâche la cigarette que parce qu'on l'a déjà répudié. Après c'est facile. Mais ce texte me remémore bien mes passages sur les marches de la pergola, du temps où la maison d'enfance était encore habitée par ma moman.

helenablue a dit…

Ce texte me donne envie de m'y mettre! Hé,hé...
Dieu soit loué, on peut ressentir ça aussi sans fumer!
C'est si bon, ces états de grâce!

MakesmewonderHum a dit…

La vraie paresse, celle qui vous caresse de ses plumes oisives et vous relève de toutes fonctions bassement quotidiennes, celle-là, ne permet même pas l'effort d'allumer une cigarette.

Laure K. a dit…

@Zoé
Sans doute Zoé, qu'il faille d'abord s'en acquitté psycholgiquement ou corporellement. Je suis en train d'explorer le pourquoi avant d'en vouloir perdre l'envie. C'est une piste comme une autre. Tout se tente.

Laure K. a dit…

@Helenablue
Quelle mauvaise idée ! heureusement, comme tu dis... j'aimerai bien connaître ces moments là sans d'autres recours. J'avoue.

Laure K. a dit…

@MakesmewonderHum
je crois que je vois de quoi tu causes, quand même, ça m'est arrivé.

le bourdon masqué a dit…

mes "tatanes" fumées imprégnées de mes doigts sales sont parties en fumé, petits nuages portatifs au coeur de mes poumons,de mes vaisseaux ils continus leur oeuvre.
Des "Celtiques"allumées et au gros module(pas celui de Dudule) présenté elles mon fait plané à pleine bouffées. C'était chouette...
Mais c'est différent aujourd'hui sans ce stress du tabac fermé ou d'une grève de la régie, j'ai gravi un degré de plus vers la zenitude (poils à l'altitude)
Bzzz...

Laure K. a dit…

@EL bourdon
Hé, hé, merci, tu me fais bien sourire ce qui est pas mal ce matin où deux heures après le lever je n'ai nullement envie de cigarette... cool