09/10/2025

Fabienne Verdier, une peinture tout en vibrations.

Rencontre avec Fabienne Verdier, à l'occasion de la publication de ses carnets de recherche "Echos" de 2017 à 2022.

 
 

J'avais à cœur de lui faire part de l'inspiration et de l'enthousiasme que me procurent ses toiles. 

Ma curiosité est renouvelée à chacune de ses expériences artistiques qui donnent lieu à un ouvrage, sur ses recherches formelles, analogiques et labyrinthiques, qui sont comme un retour de voyage dans des contrées visibles et invisibles.


 

Fabienne Verdier s'adonne à cette activité depuis plus de 30 ans, avec une ferveur et une ascèse rare, qui lui vient de ses années d'études passées en Chine, dans la province du Sishuan. 


Seule et rare étudiante française en Chine, elle y a suivit pendant dix ans, un laborieux et passionnant apprentissage du tracé, avec un ancien maître lettré. 

A son retour en France, elle développe sa propre technique de peinture et invente son outil: un pinceau géant sans tige et suspendu comme un pendule, qu'elle dirige à l'aide d' un guidon de vélo. Cette transformation lui permet alors d'explorer sa présence corporelle directement sur la toile,  un corps pinceau-pensant.

 

Jour après jour, elle apprivoise et accueille la spontanéité du flow et du fracas de la matière sur le support horizontal, selon l'humeur du jour et l'impermanence du vivant.

Grâce à la répétition du geste, à la vibration du moment présent, Fabienne Verdier performe debout, sur les abscisses et les ordonnées d'une toile où l'invisible se joue de la perfection recherchée.  Il guide sa main durant la court délai de la traversée de toile qui se veut unique, avec l'acuité d'un sportif de haut niveau.

 

Fabienne Verdier dans son atelier. ©Laura Stevens, mars 2021. ⁠

Ce qui impressionne le plus c'est sûrement la taille des toiles, amplifiée par la vélocité de l'outil qu'elle a créée, l'ampleur des ouvrages est remarquable et la vision qu'elle y projette s'en trouve décuplée et puissante. Une confrontation du microcosme / macrocosme. 

Elle, qui a débuté en gravant scrupuleusement dans la matière de la petitesse, des tampons calligraphiques, elle a transformé et projeté ce savoir-faire venue de Chine, vers une vision abstraite, épurée à l'os, dans un langage unique et à l'évidence universel.

 ***

Rencontre entre l'artiste Fabienne Verdier et l'astrophysicien Trinh Xuan Thuan, autour des recherches picturales s'inspirant d'un tableau de Grunewald, représentant le Christ auréolé.

 

Le Christ extrait du retable D'HISSENHEIM 
Le Christ extrait du retable D'HISSENHEIM


 

 
Pour en savoir davantage, son parcours est retracé dans l' ouvrage La passagère du silence, désormais publié en anglais 
 
« Ma quête des arts anciens dans la Chine post-révolution culturelle » est le récit à la première personne de Fabienne Verdier sur son extraordinaire parcours en tant qu'étudiante en art vivant et étudiant en Chine dans les années qui ont suivi la Révolution culturelle 
 
 
Read the book Fabienne Verdier Passenger of silence -
 
"My quest for the Ancient Arts in Post-Cultural Revolution China is Fabienne Verdier’s first-person account of her extraordinary journey as an art student living and studying in China in the years following the Cultural Revolution."

Translated by Young Kim⁠in 2024- Five Continents editions

12/08/2025

Le Temps inTemporel d une création

"Reality is much larger than what we are able to grasp.
Sometimes we can only clarify something by confronting it with what we do not know.
And sometimes the questions we ask lead us to much older experiences, which do not only belong to our culture, here and now. It is as if a knowledge that has always belonged to us, comes back to us, but of which we are no longer aware, nor even contemporary. It reminds us of something that is common to us all. This is what gives us strength and hope. The questions never stop, nor does the research. There is something infinite about it. When I look at our work, I feel as if I have only just begun."

Pina Bausch - Choregraph and dancer

11/10/2024

L' image manquante


"Ce que je vous donne aujourd’hui n’est pas une image, ou la quête d’une seule image, mais l’image d’une quête : celle que permet le cinéma. Certaines images doivent manquer toujours, toujours être remplacées par d’autres : dans ce mouvement il y a la vie, le combat, la peine et la beauté, la tristesse des visages perdus, la compréhension de ce qui fut ; parfois la noblesse, et même le courage : mais l’oubli, jamais."  Rithy Panh


L' Image manquante à voir jusqu'à  jeudi sur le site d'Arte.


« L'image manquante » Une histoire du Cambodge sous le regard  du cinéaste Rithy Panh.

Comment l'auteur, le cinéaste réussit à recomposer ce qui manque à la mémoire de l'histoire de son pays, les images manquantes.
Celles d'un peuple affamé par une idéologie. Celle d'un désir de retour à la terre, bannissant la propriété privée, le bien individuel du capitalisme, les chants, la liberté de chacun, pour en faire un grand pot commun, chacun nourrissant l'autre, une idéologie communautaire où tout serait partagé, labeur, semence, récolte.

Les scènes sont recomposés sous forme de maquettes, où la caméra tournent avec de petits personnages sculptés dans l'argile. Parfois, on voit la main du cinéaste qui les sculptent.
La bande sonore très travaillée par les ambiances, la musique, accompagnée par la voix off du réalisateur narrant au fil de ses souvenirs, ce qui fût. La mort des proches décimés par la faim, les corps mourants un à un, les camps de travaux forcés, l'abandon d'un peuple, son annihilement, sa destruction flagrante et pourtant invisible aux yeux du monde. Comment a-t il pu survivre lui-même, se demande-t-il, survivant à cinquante ans ?

J'apprends alors cette effrayante parole de mensonges, tissées d'images de propagande, des images fossés , de celles qui recouvrent les cadavres qu'on laisse à terre sur le bas côté. La gloire de Pol Pot, ce tyran qui ne dit pas son crime, qui affiche sourire et victoire de son idéologie face aux dirigeants chinois, admiratifs.
Le cinéaste déterre séquence après séquence, à travers son histoire personnelle, ce qui broie l' humain petit à petit. Un film vraiment passionnant tant dans son écriture cinématographique, son travail de recomposition nécessairee à toute survivance. Témoigner. Témoigner contre l'implacable mensonge qui tente de recouvrir l'histoire.

Cela complète ma lecture d' Images malgré tout, de Georges Didi-Huberman, un ouvrage écrit autour de quatre images prises dans le camp d’Auschwitz. Quatre documents d'un réel qu'on dit impensable, dont on dit encore que l'on ne peut pas imaginer l'horreur. Inimaginable.
Toute la trame de ce livre est d'exprimer pourtant qu'il n'y a rien d'impensable, bien au contraire, que l'indicible doit être dit et non pas relégué au rang de l' inimaginable. C'est imposer aux victimes et aux survivants l' inhumanité même qu'on leur a fait subir.

Il faut imaginer. Il faut penser ce réel. Car il a été lui même pensé, imaginé, conçu et appliqué.

Voilà en résumé, ce qui tient lieu d'oeuvre, malgré Tout.

"Voir pour savoir. Et non pas simplement regarder."

19/11/2023

Johannes B.




"Ce qu'on nomme une invention, une idée musicale, c'est d'abord une inspiration dont je ne suis pas responsable. Je n'en n'ai aucun mérite. C'est un cadeau, un don qu'il me faut presque mépriser tant que je ne me le suis pas approprié par mon travail."

Johannes Brahms







Ardeur maniaque pour travailler la phrase, rigueur jalouse en matière de style, le tout pour parvenir a un ton neuf, comment ne pas penser ici à Flaubert, presque contemporain de Brahms (...)

Pour un Schubert, un Schumann, un Brahms, la musique est langage des profondeurs, elle traduit le flux obscur de l'indicible. En ceci elle ressemble fortement à la poésie . Il n'est pas étonnant que ces musiciens aient été si intéressés et troublés par le poème, que les mots mêmes, comme le dit Brahms à propos des poésies et des ritournelles, leur suggèrent des notes, et qu'ils soient tous de grands lecteurs, de grands collectionneurs de mots. Car la musique est aussi là pour sauver de l'effort douloureux de trouver les mots. Schumann aura d'ailleurs longtemps hésité entre littérature et musique.


"Quand je lis un poème, je le lis lentement et distinctement, à haute voix, en général la mélodie me vient." 




Autre traduction plus bas

 

Toute la tristesse de Brahms passe dans cette Rhapsodie. Clara note dans son journal, en septembre 1869, que ce morceau est l'expression même du malheur. "Si seulement Johannes pouvait exprimer autant d'ardeur avec les mots !"
La Rhapsodie pour alto opus 53 est composée pour le mariage de la fille de
Robert et Clara Schumman, à partir d'un poème de Goethe, Le Voyage dans le Harz en hiver.


extraits de BRAHMS- 
Marie-Louise Audiberti
_________________________________


Cette œuvre vocale et orchestrale de Brahms, parmi les plus belles et les plus émouvantes qu’il ait écrites, est le résultat d’une double rencontre. Elle est d’abord et avant tout le fruit d’une immense déception amoureuse que Brahms ne confia jamais de son vivant. Alors que le compositeur, âgé de 33 ans, n’a cessé d’être amoureux platoniquement de la grande pianiste Clara Schumann, il s’est entiché pendant une période très courte (et par une sorte de « transfert » bien connu des psychanalystes) d’une des filles de Clara, Julie. 
Cette histoire d’amour, restée au niveau du fantasme et jamais exprimée (ni à Clara, ni à la charmante Julie elle-même), aboutira à un terrible chagrin lorsque la jeune fille annoncera son mariage avec le comte Radicati. C’est de cette violente et fugitive déception amoureuse que naît la Rhapsodie, sorte de douloureuse méditation sur la souffrance et le moyen de transcender cette souffrance. Pour cela, Brahms utilise trois strophes d’un poème de Goethe, Harzreise im Winter (Voyage dans le Harz en hiver), exprimant un épisode triste de sa vie : en 1777, le poète avait traversé les montagnes pour aller rencontrer un jeune homme bouleversé par la lecture de Werther, et dont il ne put empêcher le suicide. 
Mais cette œuvre est aussi le fruit d’une seconde rencontre, celle avec la grande cantatrice et compositrice française Pauline Viardot, sœur de la Malibran, dont Brahms avait fait la connaissance grâce à Clara Schumann. De 1863 à 1870, Pauline s’était installée à Baden-Baden, en Forêt noire, avec toute sa famille. C’est aussi là que Brahms passait ses étés à composer sereinement dans la maison qu’il louait non loin de celle des Viardot. Il apprécia le talent, l’immense culture et le rayonnement européen de la cantatrice française, égérie de Tourguéniev comme de Chopin ou de George Sand, et il vit aussitôt en elle la créatrice idéale de cette Rhapsodie, ce « chant nuptial pour la comtesse Schumann », comme il aimait à le surnommer avec une pointe d’ironie. 

L’œuvre se divise en trois parties correspondant aux trois strophes (strophes 5, 6, 7) retenues dans le
poème de Gœthe. La première s’ouvre par un long prélude orchestral traduisant le vide absolu, le néant dans lequel est plongé l’être humain : trémolos des violons en sourdine, incertitude tonale, grondement des bassons et des cordes graves… De ce chaos harmonique, s’élève la voix du contralto solo (tessiture dans laquelle Pauline Viardot était la plus émouvante) :

Mais qui est cet homme à l’écart ? Par de brèves interventions dramatiques, sombres et entrecoupées,
la voix semble s’engouffrer, fragile, dans un univers sonore qui la dépasse, à la manière du jeune homme errant, englouti par la nature qui l’environne. 

Aber abseits, wer ist’s ?
Mais là-bas, qui est-ce ?
Son chemin se perd dans les broussailles,
derrière lui
les buissons se referment,
l’herbe se dresse à nouveau,
le désert l’engloutit


La deuxième strophe (Qui saura guérir les souffrances ?) montre déjà une sorte d’apaisement
malgré la douleur profonde contenue dans la sublime mélodie du contralto. Certains mots révélateurs, tels poison ou haine des hommes, sont soulignés par l’orchestre, avant qu’une touche d’espoir ne vienne saluer l’expression plénitude de l’amour.

Ach wer heilet die Schmerzen
Ah qui guérira les souffrances de celui pour
lequel le baume devient un poison ?
De celui qui, de la plénitude de son amour,
voit naître la haine des hommes !
D’abord méprisé, aujourd’hui détracteur,
il gaspille secrètement
sa propre valeur
dans une inestimable recherche de soi.


Arrive enfin le moment de grâce de cette partition, cette troisième strophe qui n’est autre qu’une prière adressée au « Père d’amour » (S’il est sur ton psaltérion…). C’est là qu’entre pour la première fois le chœur d’hommes. Ce choix de Brahms peut s’expliquer par des raisons purement esthétiques (des voix d’hommes seuls peuvent mieux renforcer la couleur sombre de l’ensemble de l’œuvre) mais aussi par des raisons plus psychologiques (le chœur d’hommes traduit un « monde sans femmes », comparable à ce qu’est la réalité du compositeur au moment de son chagrin amoureux). La voix de la soliste ne va plus cesser désormais d’être soutenue, accompagnée, embellie, par ce chœur masculin, traité à la manière d’un hymne quasi religieux. L’œuvre change alors de couleur : les fractures, les aspérités, les souffrances des deux premières strophes semblent s’effacer peu à peu au profit d’une sérénité retrouvée, d’une plénitude orchestrale et vocale, enfin possibles grâce à la ferveur de cette émouvante prière.

Ist auf deinem Psalter…
Père de l’amour,
si ton psaltérion renferme un chant
auquel son oreille se montre attentive,
alors rafraîchit son cœur !
Révèle à son regard voilé
les milles sources
voisines de l’homme assoiffé
dans le désert !


Comme Brahms l’avait souhaité, c’est Pauline Viardot qui créa la Rhapsodie, en 1870 à Iéna, Ernst Naumann dirigeant l’Akademischer Gesangverein. Sans vraiment comprendre le drame intérieur qu’avait vécu le compositeur, Clara Schumann n’en fut pas moins émue, comme l’atteste son Journal intime :
« Il y a quelques jours, Johannes m’a montré une œuvre merveilleuse pour alto, chœur d’hommes
et orchestre. Il l’a appelé SON chant nuptial. Il y a longtemps que je n’avais ressenti une impression
aussi vive ; j’ai été secouée par la peine profonde exprimée par ses paroles et sa musique ».

18/12/2021

The Wild Iris


Anne Lister  Suranne Jones
Image from the credits of the series "Gentleman Jack" (HBO/BBC) 
Anne Lister / Suranne Jones
 
 
At the end of my suffering
there was a door.

Hear me out: that which you call death
I remember.

Overhead, noises, branches of the pine shifting.
Then nothing. The weak sun
flickered over the dry surface.

It is terrible to survive
as consciousness
buried in the dark earth.

Then it was over: that which you fear, being
a soul and unable
to speak, ending abruptly, the stiff earth
bending a little. And what I took to be
birds darting in low shrubs.

You who do not remember
passage from the other world
I tell you I could speak again: whatever
returns from oblivion returns
to find a voice:

from the center of my life came
a great fountain, deep blue
shadows on azure seawater.  

 
 


 
 
L’IRIS SAUVAGE
 
Au bout de ma douleur
il y avait une porte.
Écoute-moi bien : ce que tu appelles la mort,
je m’en souviens.
En haut, des bruits, le bruissement des branches de pin.
Puis plus rien. Le soleil pâle
vacilla sur la surface sèche.
C’est une chose terrible que de survivre
comme conscience
enterrée dans la terre sombre.
Puis ce fut terminé : ce que tu crains, être
une âme et incapable
de parler prenant brutalement fin, la terre raide
pliant un peu. Et ce que je crus être
des oiseaux sautillant dans les petits arbustes.
Toi qui ne te souviens pas
du passage depuis l’autre monde
je te dis que je pouvais de nouveau parler : tout ce qui
revient de l’oubli revient
pour trouver une voix :
du centre de ma vie surgit
une grande fontaine, ombres
bleu foncé sur eau marine azurée.
 
Traduit et présenté par Marie Olivier Dans Po&sie  
 
 
 


08/11/2019

De l'amour des voyages



De l’instant de nos voyages,
il faudrait vouloir ne rien en dire.
Mais, après les avoir connus,
revenir à l’autre et lui sourire.
Offrir au souvenir l’empreinte de ce que nous y avons laissé.
Et en patience, porter à notre terre les germes de leur promesse.


Tendre partir auquel on se conviait.
Tendre partir dont on ignorait ce que l’on y trouverait.
Aventurier de son unique espace.
Partir seul,
L’âme en proie et le désir en proue.
Partir inopinément,
Partir en inconnu des autres,
En ne s’imposant ni le temps, ni la distance,
Mais uniquement un possible différent.


Partir vers d’autres lieux.
En voyage toujours.
Jamais en fausse résidence.
Sans mauvaise compagnie.
Songer que notre désir
nous précède et galope devant nous.
Qu’il annonce notre venue.
Songer à se rendre en un lieu,
L’imaginer bien avant que de s’y rendre.
Vivre un chemin avant d’en atteindre le but.
A l’instant de ce voyage, longtemps, il faut veiller.
C’est dans cette attente que débute le conte.
Savoir partir pour poursuivre un voyage
comme nous le ferions d’un rêve.
Et puis en poupe,
Penser peut-être à un retour,
Le supposer et le laisser filer.
Il faut connaître ce que l’on quitte
Pour mieux attendre ce qui nous vient.
Penser aux terres connues,
Les oublier un peu,
et les laisser à la patine des enfances.
Ne rien en savoir, mais y songer,
Et ne jamais les ignorer.
Ne pas se poser en un lieu
Mais se soumettre à son transport.


Nous ne savons plus voyager
Nous partons sans doute,
Mais nous n’écrivons plus à notre cœur
Lorsque notre corps est en chemin.
Que savons-nous encore d’une halte ?
De notre souffle, d’une étape ?
À ne plus rien mesurer nous ne savons plus considérer.
Les hommes partent en vacance
et ne désirent qu’y demeurer en assurant leur aisance.
C’est à eux-mêmes qu’ils donnent congés.
La vacance est un état qui trace parfois de sévères frontières.
Les hommes ne savent plus se quitter.
Ils ne se séparent jamais.
Et se reposent parfois en un lieu étranger,
Là, dans quelque lit, ils s’endorment sans histoire et trop vite.
Le voyage sans retour a quitté leur pensée.


C’est dans un regard que l’on sait le voyage qui a construit une âme.
Quelle terre elle a traversée, quel lointain elle a embrassé.
Elle était en un ailleurs qui à présent se vit en elle.
Son récit est toujours singulier.
Devant un mot elle s’arrête soudain,
Là, où coule cette rivière dont elle connaît la source.
On se remet au monde et on découvre sa place.
On voit les boutures rapportées de son périple
Prendre vigueur et hardiesse sauvage.
On goûte le moment d’un autre retour
Et on s’étonne de son inconnue saveur.
C’est au présent, en sa mémoire, qu’il convient d’offrir cet espace.

De l’instant de nos voyages,
ll faudrait vouloir ne rien en dire.
Mais, après les avoir connus,
venir aux autres et leur sourire.
Laisser en souvenir l’empreinte de ce que nous y avons laissé.
Les cernes bleus que dessinent les voyages modèlent chaque visage.
C’est ainsi que se lit l’impression d’incroyables paysages.


  Astrid Shriqui Garain
Extrait du recueil « Ynys Avallach »,
Les éditions du Littéraire – La bibliothèque de Babel
juin 2014 – ISBN-13 : 978-2919318223

24/04/2017

De finances et de guerres, hélas

 

De grands espoirs

Par delà l’horizon d’où nous vivions
Quand nous étions jeunes
Dans un monde magnétique et miraculeux
Notre imagination débridée s’égarait constamment
L’heure du verdict approchait à grands pas
Sur la Long Road, au pied de la Chaussée des Géants
Se rencontrent-ils encore près de la Faille ?
Un ruban déchiré suivait nos pas
Se dérobant avant que le temps n’efface nos rêves
Semant la myriade de bestioles qui voulait nous ligoter au sol
Pour une vie vouée à une lente décadence
L’herbe était plus verte
La lumière était plus éclatante
Entourés d’amis
Les nuits d’émerveillement
Regardant par-delà les dalles du pont s’enflammant sous nos pas,
Pour apercevoir comme l’autre côté était vert
Nos avancées freinées par le somnambulisme
Traînés par la force d’une marée intérieure
Bien au-delà, des drapeaux déployés
Nous atteignions les hauteurs vertigineuses de ce monde rêvé
Éternellement envahis par le désir et l’ambition
Il reste encore une faim inassouvie
Nos yeux fatigués, encore perdus dans l’horizon
Revoyant tout ce chemin que nous avons parcouru
L’herbe était plus verte
La lumière plus éclatante
Les saveurs plus douces
Les nuits d’émerveillement
Entourées d’amis
La lumineuse rosée matinale
L’eau s’écoulant
La rivière éternelle
À tout jamais


16/07/2016

DU DEVOIR DE LA TRANSMISSION EN MILIEU HOSTILE

J'ai replongé dans le monde média avec beaucoup de prudence et de distance en apprenant la tuerie de Nice. Au vu du carnage médiatique, j'ai bien fait.

masque de Dark vador- Star Wars VII
"La haine est revenue, par de petits interstices (…) Elle emprunte toujours le même chemin: elle trouve de vieux défauts à un groupe d' hommes, à leurs moeurs, elle en brandit la dangerosité, la nuisance, pour se répandre toujours plus profondément. D'expérience, je sais qu' elle a gain de cause, souvent, la haine. Elle est rusée, elle exploite la faiblesse des uns, la pauvreté des autres, les vieilles blessures de tous, puis frappe. Et défigure. Sous son masque, on ne reconnaît plus l' homme, on discerne seulement une bouillie d' homme. Dont l' Histoire, cette folle fiction aux conséquences réelles, pourrait bien se repaître à nouveau." 

(extrait du témoignage de Léon, survivant d' Auschwitz 


Plus tard, dans ma nuit sans sommeil, je lis le livre d' Ahmed Dramé, "Nous sommes tous des exceptions", le récit d' un jeune homme de banlieue témoignant de son parcours scolaire chaotique
jusque' à la rencontre en seconde avec l'Histoire, celle de la Shoah, au travers d'un concours sur la résistance et la déportation que sa classe de "cancres" gagnera. 
 
Il aura suffit d' une professeur d' histoire qui n'avait pas vocation à lâcher une classe dont tout le monde y compris eux-mêmes pensaient ne pas en valoir la peine. Et le livre d' Ahmed Dramé me laisse un goût d'espoir moins amer que le monde où on nous projette quotidiennement, instantanément, sans recul et sans pudeur.


"Ces victimes se sont mises à faire écho, à se déplacer, elles aussi, vers moi. Ces sacrifiés par millions dans l' Holocauste ne sont pas morts tout seuls. Nous sommes morts avec eux, car c'est l' humanité dans sa totalité qui a péri. Je suis mort avec eux parce que je ne suis pas seulement Ahmed Dramé première version, je suis les autres. Je suis Jesse Owens et Mélanie et madame Anglès et mon frère.
J'ai ma propre chair, mais je porte la même peau.
J'ai une histoire particulière, un trajet spécial qui fait de moi une exception. mais j'appartiens autant à l' Histoire, celle de l' Homme, et à ce titre, je suis les autres."




10/01/2016

L' abstinence textuelle

Onze mois d'abstinence textuelle,
Dix ans de présence à l'enfant, un job à temps plein,
la moitié de ce temps divisé ici
ça compte
Et combien d'années sans composition musicale
et le temps des lectures littéraires…
l' image, ah oui, l' image
well, well, well…

Dix ans et quarante, un compteur à ré-initialiser.



12/02/2015

PETIT RIEN - Le film





 
Que reste-t-il aux êtres « survivants » des violences physiques et morales subies dans l'enfance ? Que reste-t il après les actes, sinon la parole, les mots et l'art pour tout expression de soi ?
 
J'ai souhaité donner cet espace-temps à cette parole, au travers des mots d'Helenablue qu'elle a un jour adressé à sa mère après une amnésie de plus de 30 ans sur un traumatisme d' enfance.
 
Faire un film aussi pour rendre une sorte de justice quand celle des hommes n'en n'est pas capable, mais surtout transmettre et donner à entendre ce qui est "tu".

Ma rencontre avec Helenablue a eut lieu en 2008, à travers son blog puis dans la vie réelle au bout d'un an d'échanges. Il se dégageait de son journal une aura particulièrement sensible au monde, engageante tout en étant intime, et une capacité à se dire, à s'écrire comme j'ai rarement trouvé sur la toile. 

"Arriver à inspirer les autres c'est leur dire toi aussi tu peux le faire, moi je le fais, lui le fait, toi aussi tu peux le faire", m' a dit un jour Héléna.
 
Il est parfois difficile de recevoir certaines vérités, et certaines paroles. Comment les dire, comment les montrer ? ... Il n' y a pas d'indicible, il n' y a que de l'humanité. Nommer l'indicible c'est rendre compte de la part d'ombre inhérente à tout être. 
 
"Le courage c'est de chercher la vérité et de la dire; ce n'est pas subir la loi du mensonge triomphant."  (Jean Jaurès)

Laure Kalangel
 

05/12/2014

NUITS BLANCHES - critique


Tu ne vas pas souvent au théâtre. Tu ne vas pas souvent au THÉÂTRE, parce que c'est un gros mot, c'est écrit en gros, ça fait intello, ça t'ennuie. Tu t'ennuyais déjà beaucoup trop à l'école avec toute cette poussière de vers et d'alexandrins.
Pourtant, tu sais, que lorsque tu franchirais la porte d'un théâtre ce serait la promesse d'une surprise vivante qu'on déballerait devant toi. Avec des mots pleins de tes non-dits. Ce serait toujours l' histoire de quelqu' un , mais ce serait toujours un peu de ton histoire.







 Au petit matin, une femme serait assise face à la fenêtre qui donne sur le moulin. Ce moulin Rouge avec échaffaudage autour de son cou et pull à col roulé bleu autour du tien serait le souvenir de cette journée là, parce qu' il ferait froid et que tu serais déjà épuisée au matin. Cette femme assise traverserait la vitre avec une acuité particulièrement vive, car elle aurait survécu au hurlement intérieur cauchemardesque de sa nuit. Après cela, elle ne dormirait plus les dix sept autres nuits. Elle relirait tout Anna Karénine, entièrement, trois fois. Au creux des heures nocturnes, dépossédée de ses rôles sociaux, elle goûterait de nouveau à sa liberté insoumise, sans horaires, sans contraintes, sans atteintes, elle échapperait à son enveloppe de mère et d'épouse dans la lecture, entre les lignes, elle se délecterait d'un morceau de carré de chocolat fondant, de quelques verres de cognacs et échaffauderait ses heures d'insomnies en fulgurances fictives, héroïques, jusqu' à l'ivresse sans sommeil, quitte à en mourir. Et ni son mari, ni son fils ne se douteraient un instant de sa double vie. De jour comme de nuit, elle assurerait mécaniquement ses tâches et poursuivrait à la perfection sa tenue de route quotidienne. Dormir ? pour quoi faire ? puisque c'est la seule issue possible à sa vie sensible...






"Nuits Blanches" est un monologue adapté d'un roman japonais d' Haruki Murakami, intitulé " Le sommeil"
http://www.theatredeloeuvre.fr/nuits-blanches.html…
Au Théâtre de l' Oeuvre jusqu' en janvier 2015


Nathalie Richard interprète la femme de "Nuits Blanches" au théâtre de l' Oeuvre, et c'est une heureuse redécouverte pour moi que cette actrice, croisée l'année dernière à l'occasion du très beau film "A bas bruit", un film coup de coeur de l'auteur cinéaste Judith Abitbol. On aime un acteur ou une actrice pour sa manière à dire, à se mouvoir, c'est complètement subjectif et sensitif. Et, elle, j'aime bien comment elle parcourt et habille les histoires, de sa voix et de ses rythmes.
Je vous invite à la découvrir.

13/04/2014

Franchir


"Tu veux savoir comment j'ai fait ?
je vais te dire comment j'ai fais...
j'ai jamais économisé mes forces pour le retour"

08/02/2014

Emovere









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Archives et travaux de la chorégraphe, danseuse, interprète, calligraphe, auteur, poète








Le mot "émotion" vient du verbe "émouvoir".
Il est basé sur le latin emovere, dont e- (variante de ex-) signifie "hors de" et movere signifie "mouvement"
 

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"Mouvement : Sur la scène comme sur la page, dans le corps qui danse et dans la main qui trace"





"Je porte au coeur de mon tourbillon
un milliard de grâce rondes
ailes pour déplacer
la perception"



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***


"En proie à ta manie d'accumuler 
plonge cette page dans l'eau
l'encre bave le papier se dissout
ton regard se désemplit
plus rien à chercher
c'est alors que tout peut arriver"




















“Il suffit de peu de mots à l’esprit contemplatif pour effectuer une percée dans le domaine de l’essentiel, inhérent à la poésie. Le haïku est un moyen de nous ressaisir dans notre « être ici-et-maintenant » par une condensation des perceptions qui offrent un accès direct à l’illumination de la conscience. Ces courts poèmes ne suivent pas un  ordre particulier. Ce sont plutôt des miroirs qui reflètent « les choses comme elles sont en elles-mêmes ». L’expression spontanée dont j’use ici est de même nature que la danse ; il s’agit de cerner les idées et intuitions qui pénètrent le cœur pour que mots et réflexion se fassent action, d’atteindre au royaume, invisible et visible, du temps de  l’esprit, espaces sur le papier ouverts à la pensée.” "brins d' herbe"- C.Carlson - Actes Sud





26/01/2014

Open your eye

Carolyn Carlson



Qui sait d'où il faut arracher la possible splendeur en ce monde ?
Est-ce plus facile dans une maison confortable ?
Est-ce plus facile dans un deux pièces en banlieue ?
Est-ce plus facile dans un appartement chic parisien ?
Est-ce plus facile dans une déchetterie a ciel ouvert ?

La beauté se trouve en dedans de tout. Parfois elle m'attrape et je la retiens. Et nous formons une danse insolite et brillante avant même de déposer l'enfantement de la rencontre dans une matière palpable, accueillie par les cinq sens d'une musicienne prophétie.






22/12/2013

La cime du rêve



Il n'est pas un grand esprit que n'aient obsédé, charmé, effrayé ou au moins étonné, les visions qui sortent de la nature. Quelques-uns en ont parlé et ont, pour ainsi dire, déposé dans leurs oeuvres
les formes extra-ordinaires et fugitives, les choses sans nom qu'ils avaient entrevues " dans l'obscur de la nuit".

Victor Hugo



Photos: Laure K.


Exposition Hugo et les surréalistes-
Maison Victor Hugo, Place des Vosges









16/11/2013

Commun Requiem




"L' homme fort vante la nature, le soleil, les arbres, les oiseaux, et aussi les vignobles et l'eau verte du fleuve. L'homme fort a la coeur brûlant d'amour, et le ciel resplendit.

Mais l'homme sensible parle du passé, de la pluie, de l'enfance. L' homme sensible dit sa tristesse. Même l'amour, il ne sait pas le vivre. S'il cueille la rose, avec Goethe, la rose le pique. Et le plus souvent il passe son chemin, le coeur lourd. Pour ne pas errer dans son désespoir comme une chien perdu buvant de l'eau des flaques, il chante. Que ses chants tarissent les larmes, arrête les soupirs. La nuit qui descend lentement, comme si le ciel avait silencieusement baisé la terre, apporte l'apaisement. L'âme déploie ses ailes, se détend. S'installe une sorte de paix sereine, résignée."

(  Brahms- Marie Louise Audiberti)

Requiem opus 45 de Johannes Brahms

Parc Monceau, Paris - Hommage à Maupassant 

19/10/2013

Le saṃsāra


(संसार terme sanskrit signifiant « ensemble de ce qui circule », 
d'où « transmigration » ; en tibétain khor ba, ou Khorwa འཁོར་བ། ) 
signifie « transition » mais aussi « transmigration », 
« courant des renaissances successives »


Fabienne Verdier, une peinture tout en vibrations.

Rencontre avec Fabienne Verdier, à l'occasion de la publication de ses carnets de recherche "Echos" de 2017 à 2022.     J...