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11/10/2024

L' image manquante


"Ce que je vous donne aujourd’hui n’est pas une image, ou la quête d’une seule image, mais l’image d’une quête : celle que permet le cinéma. Certaines images doivent manquer toujours, toujours être remplacées par d’autres : dans ce mouvement il y a la vie, le combat, la peine et la beauté, la tristesse des visages perdus, la compréhension de ce qui fut ; parfois la noblesse, et même le courage : mais l’oubli, jamais."  Rithy Panh


L' Image manquante à voir jusqu'à  jeudi sur le site d'Arte.


« L'image manquante » Une histoire du Cambodge sous le regard  du cinéaste Rithy Panh.

Comment l'auteur, le cinéaste réussit à recomposer ce qui manque à la mémoire de l'histoire de son pays, les images manquantes.
Celles d'un peuple affamé par une idéologie. Celle d'un désir de retour à la terre, bannissant la propriété privée, le bien individuel du capitalisme, les chants, la liberté de chacun, pour en faire un grand pot commun, chacun nourrissant l'autre, une idéologie communautaire où tout serait partagé, labeur, semence, récolte.

Les scènes sont recomposés sous forme de maquettes, où la caméra tournent avec de petits personnages sculptés dans l'argile. Parfois, on voit la main du cinéaste qui les sculptent.
La bande sonore très travaillée par les ambiances, la musique, accompagnée par la voix off du réalisateur narrant au fil de ses souvenirs, ce qui fût. La mort des proches décimés par la faim, les corps mourants un à un, les camps de travaux forcés, l'abandon d'un peuple, son annihilement, sa destruction flagrante et pourtant invisible aux yeux du monde. Comment a-t il pu survivre lui-même, se demande-t-il, survivant à cinquante ans ?

J'apprends alors cette effrayante parole de mensonges, tissées d'images de propagande, des images fossés , de celles qui recouvrent les cadavres qu'on laisse à terre sur le bas côté. La gloire de Pol Pot, ce tyran qui ne dit pas son crime, qui affiche sourire et victoire de son idéologie face aux dirigeants chinois, admiratifs.
Le cinéaste déterre séquence après séquence, à travers son histoire personnelle, ce qui broie l' humain petit à petit. Un film vraiment passionnant tant dans son écriture cinématographique, son travail de recomposition nécessairee à toute survivance. Témoigner. Témoigner contre l'implacable mensonge qui tente de recouvrir l'histoire.

Cela complète ma lecture d' Images malgré tout, de Georges Didi-Huberman, un ouvrage écrit autour de quatre images prises dans le camp d’Auschwitz. Quatre documents d'un réel qu'on dit impensable, dont on dit encore que l'on ne peut pas imaginer l'horreur. Inimaginable.
Toute la trame de ce livre est d'exprimer pourtant qu'il n'y a rien d'impensable, bien au contraire, que l'indicible doit être dit et non pas relégué au rang de l' inimaginable. C'est imposer aux victimes et aux survivants l' inhumanité même qu'on leur a fait subir.

Il faut imaginer. Il faut penser ce réel. Car il a été lui même pensé, imaginé, conçu et appliqué.

Voilà en résumé, ce qui tient lieu d'oeuvre, malgré Tout.

"Voir pour savoir. Et non pas simplement regarder."

31/07/2012

La Jetée


La Jetée est un film expérimental de science-fiction de Chris Marker, sorti en 1962 et d'une durée de 28 minutes. Ce film, considéré comme un chef-d'œuvre par nombre de critiques et de réalisateurs, est en fait un « photo-roman » ou diaporama, un montage de photographies en noir et blanc avec un narrateur unique et une bande-son réalisée par Trevor Duncan.
 Cela donne à ce récit très singulier un fort contenu poétique et sert à représenter une face de la « réalité » : les souvenirs que l'on a d'un moment de sa vie sont partiels, tronqués et lorsqu'on regarde un album photo, les souvenirs viennent dans le désordre avec des « sauts dans le temps ».
Ce film inspira le film de Terry Gilliam "L'armée des douze singes".

12/04/2012

Le temps d'une clope

C'est un moment où on quitte le repas familial pour prendre sa bouffée d'air; sortir du gargantuesque, de la surface polie, s'asseoir de nouveau sur les marches du perron, celles de nos 2 ans, 10 ans, 18 ans, 23, 36... des années de siège. La clope elle sert à ça, à s'extraire du temps. Comme l'appareil photo en oeillère, comme le carnet noir griffonné, l'instant clope projette un instant, l'écran d'un fumigène mélancolique.
Un retrait de quelques secondes qui deviennent des secondes de permanences. Je pense à  la permanence rétinienne plus exactement, celle qui donne la sensation d'une translation, d'un mouvement. Une recomposition du temps par l'espace et les sens.
L'arbre qui accueillait jadis la balançoire, le portail ferroné en arabesque par mon père, les talus, le lilas, le chant des oiseaux mêmes. Rien ne semble bouger autour de soi à la même vitesse que son propre avancement intérieur. Le degré de conscience des choses, de soi, du monde, change beaucoup plus vite que les paysages de notre enfance. Le temps d'une cigarette c'est un arrêt sur image ou un vortex spatio-temporel aiguisé. J'aime prendre ce temps-là, quand tout autour personne ne prête guère d'attention à la chaleur d'un rayon de soleil. Une seule personne ressent cela, it's my daughter. Alors je sais que pour moi presque tout est transmis dans ce ravissement. Dans cet instant de petit bonheur partagé, j'aimerai simplement pouvoir regarder tomber la cendre de ma dernière cigarette, puisque je n'ai plus besoin d'excuses pour jouir de la vie comme elle est.

17/10/2011

Au seuil

Sculpture George Segal





"Le sommeil de l'enfance s'achève en oubli."
 


Victor Hugo  L'homme qui rit

Fabienne Verdier, une peinture tout en vibrations.

Rencontre avec Fabienne Verdier, à l'occasion de la publication de ses carnets de recherche "Echos" de 2017 à 2022.     J...