25/03/2013
24/03/2013
Tout entier visage
"pas tout entier visage
non
tout entier tous les visages
je n'arrête pas de changer
comme un instant met au monde
son autre instant
et j'ai du mal
à vivre tant d'infini..."
Mille et une coutures
L'autre est aussi l’instrument indispensable dans la quête de soi, dans le chemin périlleux où le « qui suis-je ? » nous entraîne.
Certains auteurs s’y sont perdus, comme le témoigne la folie géniale de Nerval qui, en bas de son portrait photographique avait écrit de sa propre main « Je suis l’autre ».
Ils lui font écho le « Je est un autre » de Rimbaud et, plus tard, « Un, personne et cent mille » de Pirandello, tous les deux affirmant que l’identité de chacun est continuellement en devenir, elle meurt et renaît à chaque instant pour devenir un Autre.
La distance entre le soi et les autres est fragile et arbitraire : « Je fus obsédé par l’idée désespérée d’aller à la poursuite de cet étranger qui était en moi et qui me fuyait ; que je ne pouvais immobiliser devant une glace, parce qu’aussitôt il devenait le Moi qui m’était familier ; de cet être qui vivait pour les autres et qui me demeurait inconnu, qu’eux voyaient vivre, moi pas. J’aspirais, moi aussi, à le voir et à le connaître tel qu’il leur apparaissait. »
Beatrice Rossetto - Edito 8
23/03/2013
Le goût du vivre
Les Fenêtres - Charles baudelaire.
22/03/2013
20/03/2013
Lettre à Camille
Ma très chère Camille,
Voilà deux ans que je n'avais plus de vos nouvelles. J'ai croisé votre frère Paul par hasard, qui revenait de la maison où on vous a transféré dans le Vaucluse.
Lorsque
j'ai appris votre internement il y a deux ans,
j' étais folle d'inquiétude et de colère. Impossible de rentrer en contact avec votre famille, ni
de savoir où vous étiez. De quel droit peut-on voler la vie de
quelqu'un aussi violemment ? Faut-il que votre oeuvre ait à ce point
éclaboussé le vernis bien-pensant pour qu'on vous enferme ? Je rage
de n'avoir rien pû y faire, Camille.
Votre
frère m'a dit vous avoir trouvé tout à fait sans retenue à son
égard, toujours ressassant les mêmes délires de persécution
quant au pillage de vos oeuvres. J'ai trouvé ses propos très durs.
Alors même qu'il semble illuminé lui-même par la béatitude divine, il vous
reprocherait à vous votre passion ? Diantre, votre folie amoureuse était si ordinaire comparée à celle de la Passion ! la jalousie et le déni sont-ils uniquement frères et soeurs de la folie ? Son discours est noble et
moralisateur, il croit savoir ce que vous endurez, martèle qu'il est
votre devoir d'expier les fautes, comme le christ sur sa croix... il
semble se plaire en vous voyant, y trouver le miroir de ses propres
démons. Je crains même qu'il y trouve une certaine beauté d'âme.
Il y a là quelques méprises je crois, quant à ce que l'on nomme
l'aliénation.
Ma
pauvre Camille, que vous devez vous sentir bien seule dans ce
pavillon de folles !
Les
prêtres que je croisent ici et là sont souvent habités d'un regard
bien étranges, j'ai beaucoup de peine à croire que ce sont ces
mêmes regards illuminés ou vidés de raison qui accompagnent vos
journées. Les sœurs sont-elles au moins bienveillantes ou
paraissent-elles comme des papillons noirs trainant leurs bonté
dans chaque recoin sombre? Avez-vous seulement d'autres livres
que la bible à vous mettre sous la dent ? Avez-vous de la
matière à portée de main pour y exprimer vos sentiments ?
Paul
semble affirmer que la pension qu'il verse au directeur de
l'établissement est plus que convenable pour vos besoins, il m'a dit
que vous l'en aviez finalement remercié. Je me laisse à penser que
ce qui devrait vous revenir de cet héritage doit vous paraître bien
piètre pour cette vie de recluse. Il m'a confirmé que l'on vous
interdit également tout échange épistolaire. Quel genre d'autres
supplices vous faut-il endurer, ma chère amie ?
La
famille Claudel est persuadée plus que jamais de vous aider au mieux
en vous mettant à l'abri du monde en guerre et à l'abri de vous-
même, je ne comprends pas de quelle sorte de vie on veut vous
protéger si ce n'est de la leur, en premier. Tout cela me parait
d'une injustice effroyable et j'espère que vos parents sauront
entendre vos appels, eux qui sont restés dans un mutisme assourdissant.
Comment
peut-on se raccrocher aux palpitations du sensible quand on vous à
piller, puis écarter de toute vie digne ?
La
reconnaissance publique a eut pour vous cette double face, grimée de
solitude et d'abandon encore plus vive. J'ai mal pour vous
et ma désolation est que je n'y puis presque rien.
La beauté de ce monde n'est plus tout à fait la nôtre depuis que les canons grondent et que les bottes défigurent les pavés. A vous qui avez su pétrir et sculpter la terre pour en extraire toute sa beauté et la douleur de sa chair, continuez de créer Camille, je vous en prie, malgré tout. Même si tout vous paraît vain. Chaque jour passant, je pense à vous, mais j'ai des petites mains et une famille à nourrir. Je continue sans cesse moi même de créer mais c'est le destin qui est plus grand; nous avons le devoir de sans cesse nous renouveler sinon nous sommes tout à fait perdu.
La beauté de ce monde n'est plus tout à fait la nôtre depuis que les canons grondent et que les bottes défigurent les pavés. A vous qui avez su pétrir et sculpter la terre pour en extraire toute sa beauté et la douleur de sa chair, continuez de créer Camille, je vous en prie, malgré tout. Même si tout vous paraît vain. Chaque jour passant, je pense à vous, mais j'ai des petites mains et une famille à nourrir. Je continue sans cesse moi même de créer mais c'est le destin qui est plus grand; nous avons le devoir de sans cesse nous renouveler sinon nous sommes tout à fait perdu.
Le
mistral doit souffler fort là où vous êtes, c'est un vent fou,
j'espère toutefois qu'on vous laisse y goûter, de temps à autre, au
sommet de la garrigue, dans les senteurs provençales de ce début de
printemps.
Je
ne sais par quelle miracle cette lettre arrivera jusqu'à vous,
mais de ne pas l'écrire aurait été un renoncement à la vie même.
Bien
à vous,
Lorka
18/03/2013
Oui
"Ces doigts arachnéens, dans le dernier film, qui se métamorphosent en fantômes promenant les distensions/ distorsions d’une peau offerte au ciel du roucoulement de la voix dansante d’Hélènablue ; le scalpel est mis en veilleuse mais, toujours là ! Pour une dissection, apparemment tout en douceur !"
Mokhtar El Amraoui
Vivance aux Ocreries
Pendant ce temps, au pays des Ocreries... quelques flammes en dégustant les fameuses crêpes de Thierry, et découvrant aussi sur la platine les chansons de Gilles Vigneault, beaucoup de parcelles québécoises ici...
et puis les biberons réclamés à corps et à cris par les neufs chevreaux.
Bricolage de bateaux sur l'eau...
La préparation des ânes et chevaux...
Ici le temps fût comme un autre, aussi...
No pasaran un dia sans que l'on pense à eux.
et puis les biberons réclamés à corps et à cris par les neufs chevreaux.
Bricolage de bateaux sur l'eau...
La préparation des ânes et chevaux...
Pour des ballades uniques et merveilleuses,
à un rythme qui laisse à notre regard
le temps d'accrocher les lumière changeants des cieux.
Ici le temps fût comme un autre, aussi...
No pasaran un dia sans que l'on pense à eux.
Merci Anne, merci Thierry
17/03/2013
15/03/2013
14/03/2013
S'exposer
Il ne suffit pas d'être là pour être là,
Il ne suffit pas d'être à l'aube pour être au seuil,
Il ne suffit à personne d'exister pour être à soi, entièrement vivant, et pourtant...
Je sais et je sens que ce qui sépare, se lie à l'heure, et la magie de l'instant, tout simplement, l'osmose d'une présence dans son incroyable réflexion, au delà de tout mots et de toutes phrases, indépendamment semble-t-il de sa propre volonté, l'état du lien indéfectiblement lié ... comment vous le dire... Qu'une seule personne soit dans la cristallisation d'une multitude de pensées, d'imageries qui représentent à elles seules un demi-siècle de la vôtre, et là se poser en face et devoir supposer qu'on puisse en faire une oeuvre.
Si tant est qu'on soit capable de faire preuve d'assez de lucidité pour oeuvrer. D' insouciance.
La difficulté est d'être non pas à sa hauteur, mais à la hauteur de tout ce qu'on avait pû imaginer jusque là.
...
Il ne suffit pas d'être à l'aube pour être au seuil,
Il ne suffit à personne d'exister pour être à soi, entièrement vivant, et pourtant...
Je sais et je sens que ce qui sépare, se lie à l'heure, et la magie de l'instant, tout simplement, l'osmose d'une présence dans son incroyable réflexion, au delà de tout mots et de toutes phrases, indépendamment semble-t-il de sa propre volonté, l'état du lien indéfectiblement lié ... comment vous le dire... Qu'une seule personne soit dans la cristallisation d'une multitude de pensées, d'imageries qui représentent à elles seules un demi-siècle de la vôtre, et là se poser en face et devoir supposer qu'on puisse en faire une oeuvre.
Si tant est qu'on soit capable de faire preuve d'assez de lucidité pour oeuvrer. D' insouciance.
La difficulté est d'être non pas à sa hauteur, mais à la hauteur de tout ce qu'on avait pû imaginer jusque là.
...
09/03/2013
08/03/2013
Sur une Phrase
![]() |
| Librairie Les racines du vent |
Sur une phrase, je décroche mon
manteau de la paterre, et laisse en plan mes bouquins, mes élèves,
ma vie, ma misère, et prend le train vers Lisbonne, Belfort, Côme.
Sur une phrase, je pose le pied à
terre, souffle dans l'air, le nuage dans mes mains, le soleil des
paumes. Sur une phrase je trace un chemin de
fer et j'en fait des kilomètres dans mes entrailles.
Sur une phrase, j' agrippe les racines de
l'arbre mort pour me jucher jusqu'à eux jusqu'à vous, pour
m'accueillir moi-même à la table, pour supporter les diners, me
retenir de ne pas crucifier les faux vers, pour parcourir langoureusement la desserte devant les yeux exhorbités de surdité.
Sur une seule putain de phrase, un igloo, un empire, un destin à démanteler, à refaire.
Sur une seule putain de phrase, un igloo, un empire, un destin à démanteler, à refaire.
Pour une putain de bonne phrase qui court les rues, les
sanglent ou les serpentent, à l'image de l'amour projetant à terre sa destinée, je donne sang et eaux et corps et cris.
J'en ai aimé des phrases. Des premières.
Elles sont toutes importantes, mais la première, celle qui décide
de tout, celle-là il ne faut pas la lâcher, il faut se l'apprivoiser en-dedans, se la mâcher
entière et la marcher, la marcher longtemps, comme on marche dans un texte à trous, retomber dix fois, vingt fois, la ruminer et la faire écho dans son antre et dans son foie, se la tapisser de soi, en bitumer les alvéoles et l'asphalte.
Et quand bien même je n'aurai plus rien à me mettre sous la dent, sur ma langue réside l'abrupt désir de sa pensée.
Et quand bien même je n'aurai plus rien à me mettre sous la dent, sur ma langue réside l'abrupt désir de sa pensée.
Anne la Merveille
Elle
danse dans le soleil sur le chemin, un petit panier à son bras. Dedans,
une pomme, du pain, du fromage, dansent à son rythme. Elle va à
l'école, pour apprendre. Elle aime ça, apprendre, et plus tard elle
aussi, elle sera maîtresse d'école. Alors, on lui dira « Madame », et
on l'estimera, parce qu'elle sera instruite.
Elle rêve, sur le
chemin de calcaire blanc éblouissant et sec du soleil déjà fort
d'avril. Elle a huit ans, dix ans, douze ans, et elle rêve. Sa vie, elle
la dessine au-dedans d'elle, et ça lui donne des ailes. Comme elle sera
intéressante, sa vie de maîtresse d'école, comme elle aura de la chance
! Elle ira danser à la Mairie le soir de la distribution des prix, elle
aura de jolies toilettes, elle ira au chef-lieu tous les ans pour
présenter ses « grands » au Certificat !
Elle rêve, et sa vie
se déroule comme un ruban chez la mercière, une vie de satin ondoyante.
Bien sûr, « on » la demandera, et elle se mariera, dans une belle robe
blanche. Elle aura des enfants, des enfants jolis et polis, pas des
galopins railleurs comme ceux des fermes du hameau, non, des enfants «
de ville », c'est ça qu'elle aura. Et elle danse son rêve, sur son
chemin d'écolière. Elle a l'âge des grandes espérances.
Seulement, il y a la vie. La vie, c'est pas comme dans les rêves. La vie
vous envoie traire les vaches quand on voudrait lire encore un
chapitre, la vie vous fait frotter le carreau, rincer les torchons....La
vie, qu'est-ce que c'est agaçant !!
Elle a quatorze ans, et
c'est la guerre. C'est aussi l'âge du Cours Supérieur, celui qui prépare
au Brevet, et après le Brevet, on peut entrer à l'Ecole Normale. Elle
rêve encore...Mais quatorze ans, c'est aussi la fin de l'obligation
scolaire. Il va falloir qu'elle « gagne », a dit le père. C'est la
guerre, et ses sœurs ont des petits qu'il va falloir nourrir....Ses
sœurs aussi, au même âge, ont dû « gagner », alors, il va falloir fermer
ses livres. Elle a le cœur bien gros...mais il n'y a rien à dire, quand
le père a parlé. Même la Maîtresse, même le Maire, n'ont pas pu le
convaincre !
Elle regarde son rêve qui s'éloigne sans elle sur
le chemin de soleil où elle dansait naguère. On ne l'appellera pas «
Madame ». Elle ne sera qu'un prénom : « Marie, avez-vous fait les
vitres ? », « Marie, as-tu « donné » aux poules ? ». Son avenir lui
fait peur, il n'y a pas d'issue. Elle frottera, ce sera son destin. Son
rêve s'étiole aux jours de grande lessive, son rêve se meurt au
quotidien. Elle ne danse plus que du balai et du torchon.
Les
années passent, et son rêve n'est plus que le soupir qu'elle pousse
quand elle repense à son enfance. Ses enfants se moquent d'elles, eux
qui ont pu apprendre. Elle est restée godiche, comme la gamine qui
rêvait tellement à sa gloire qu'elle n'a pas pensé à se garder de la vie
qui la guettait au passage....la sale vie, si différente de celle
qu'elle aurait dû avoir, de sa « vraie » vie....
Elle rêve dans
les romans de trois sous, elle rêve la vie des autres : elle ne peut
plus rêver la sienne. Pourtant, quelque part au fond d'elle est encore
une enfant qui dansa jadis, sur un chemin blanc de craie écrasé de
soleil, la joie de croire que la vie était pleine de promesses, une
Aventure à vivre.
Qu'elle est lointaine, cette enfant ! Il
semble qu'elle vienne d'un ancien Monde, d'un Temps si passé, qu'il
n'est que de la légende....Et elle sourit parfois, pour elle seule, avec
tendresse, à cette petite fille naïve qui espérait, et qui avait la
Foi. Ah, si on lui avait permis.....
Mais on ne lui a pas
permis, et elle non plus, elle ne s'est pas permis. On n'affronte pas la
parole du Père. Alors, comme on ne sait plus rêver, on devient Femme de
Devoir, plus ou moins résignée, et on jalouse celles qui se donnent
licence de suivre leur chemin : dévergondées ! Mais, en secret, parfois,
elle se dit qu'elle a été bien bête, bien peureuse, qu'elle aurait
dû....faire quelque chose, tandis qu'il était temps ! Après tout, elle
aurait pu la réussir, sa vie !
Seulement, jamais elle n'a osé,
puis un jour il était trop tard. Et sous la défroque de la Femme de
Devoir, danse, toute petite et oubliée, une écolière en tablier à
carreaux qui a eu, un jour, des rêves.
Qu'elle danse, cette
petite fille-là, qu'elle danse encore longtemps dans le soleil du
printemps !! Elle ne sait pas qu'elle est la seule consolation, et sans
doute la seule vérité, d'une très vieille dame rabotée par la vie, et
qui n'a jamais su trouver la serrure de sa cage.
Anne des Ocreries - 7 mars 2013.
06/03/2013
05/03/2013
03/03/2013
Eaunanisme
Les douches chaudes, j'adore, mais les bains brûlants, quel bonheur.
On y pénètre doucement presque douloureusement, mais j'accepte ce sévice avec grâce tant je connais la sensation qui s'y prolonge dedans.
La chaleur de l'eau engourdit l'épiderme, le bas ventre est encore plus sauvagement absorbé tant la brûlure est vive. Un craquement de peau. Figée un instant, je prends contact avec chacune de mes cellules touchées par le chaud, j'attends que mon corps s'habitue, le moindre mouvement est sensationnellement multiplié par cent. Quelques larmes d'eau fraîche. Enfin conquise, je glisse toute entière dans la bulle d'eau azur. Un ravissement corporel bercé par la voix de La Callas, quelques bougies en guise de lumière et un verre de vin rouge pour suivre le mouvement. Un vrai plaisir de mortelle contre le froidure de l'hiver.
02/03/2013
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Fabienne Verdier, une peinture tout en vibrations.
Rencontre avec Fabienne Verdier, à l'occasion de la publication de ses carnets de recherche "Echos" de 2017 à 2022. J...
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Je m'autorise une délicate attention: Billet narcissique mensuel :-) J'ai trouvé ce clip en fouillant du Alain Chamfort dans...
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