Reconnaître que se tient là un être
vivant, toutes pupilles ouvertes, craintif peut-être, avide
peut-être, l'accueillir dans ces états, ces émotions et être accueilli pareillement, sans jugements.
Que voit-elle ?
Qui vois-je ?
On ne peut regarder qu' un œil à la
fois. N'en fixer qu' un, aussi longtemps que le permet l'exercice, le
soutenir, scrupter dans toutes ses couleurs, le monde intérieur qui
s'y dessine, y déceller les tracés, les nuances, découvrir le
tableau entier sur le globe, trouver cela magnifique de pureté et de graphismes. En faire le tour complet.
Longtemps.
A force, sa surface mouillée, lisse,
ne renvoie plus que mon propre reflet. S'y
retrouver, s'y perdre narcissiquement, s'y mirer, ne voir plus que
sa propre image, ne plus tenir compte de l'autre mais s'inspecter
soi-même dans ce regard si proche du sien. Ainsi se nomme la mise en
abyme.
Ce moi qui regarde ne voit plus à quel corps
appartient cet œil miroir puisque il devient seulement mon
anamorphose, dans lequel je me mire. Mais l'autre, en face, respire
tant et si bien que je dois revenir à la surface de sa peau, de son
visage, compenser la tension occulaire par le souffle.
Prendre conscience de l' humain dans un
regard. Et de son humanité, s'en nourrir. Le regard est nourrissant
simplement. Mutuellement. Ne rien y projetter d'autre que l'être de
vie en présence et l''accueillir tel qu' il est, en l'état.
Changer de partenaire.
Se regarder à présent dans un miroir.
Même exercice de découverte. Marcher avec et évaluer dans quelle
lumière se dessine telle ou telle lignes, ombres, nuances. Trouver cela très beau et amusant. Finir par se dévisager entièrement, sourire,
sourire forcé, froncer les sourcils, grimacer, tirer la langue, regrimacer etc. Tant est si bien que je m'en suis fait éclaté la panse de rire, la tête que j'ai, que je me trimballe, sans déconner, c'est moi toutes ces têtes là ??
Rire de sa propre image, c'est extra.
Moment purement ludique et grandement libérateur. A réessayer en cas de mauvaises humeurs.