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19/11/2023

Johannes B.




"Ce qu'on nomme une invention, une idée musicale, c'est d'abord une inspiration dont je ne suis pas responsable. Je n'en n'ai aucun mérite. C'est un cadeau, un don qu'il me faut presque mépriser tant que je ne me le suis pas approprié par mon travail."

Johannes Brahms







Ardeur maniaque pour travailler la phrase, rigueur jalouse en matière de style, le tout pour parvenir a un ton neuf, comment ne pas penser ici à Flaubert, presque contemporain de Brahms (...)

Pour un Schubert, un Schumann, un Brahms, la musique est langage des profondeurs, elle traduit le flux obscur de l'indicible. En ceci elle ressemble fortement à la poésie . Il n'est pas étonnant que ces musiciens aient été si intéressés et troublés par le poème, que les mots mêmes, comme le dit Brahms à propos des poésies et des ritournelles, leur suggèrent des notes, et qu'ils soient tous de grands lecteurs, de grands collectionneurs de mots. Car la musique est aussi là pour sauver de l'effort douloureux de trouver les mots. Schumann aura d'ailleurs longtemps hésité entre littérature et musique.


"Quand je lis un poème, je le lis lentement et distinctement, à haute voix, en général la mélodie me vient." 




Autre traduction plus bas

 

Toute la tristesse de Brahms passe dans cette Rhapsodie. Clara note dans son journal, en septembre 1869, que ce morceau est l'expression même du malheur. "Si seulement Johannes pouvait exprimer autant d'ardeur avec les mots !"
La Rhapsodie pour alto opus 53 est composée pour le mariage de la fille de
Robert et Clara Schumman, à partir d'un poème de Goethe, Le Voyage dans le Harz en hiver.


extraits de BRAHMS- 
Marie-Louise Audiberti
_________________________________


Cette œuvre vocale et orchestrale de Brahms, parmi les plus belles et les plus émouvantes qu’il ait écrites, est le résultat d’une double rencontre. Elle est d’abord et avant tout le fruit d’une immense déception amoureuse que Brahms ne confia jamais de son vivant. Alors que le compositeur, âgé de 33 ans, n’a cessé d’être amoureux platoniquement de la grande pianiste Clara Schumann, il s’est entiché pendant une période très courte (et par une sorte de « transfert » bien connu des psychanalystes) d’une des filles de Clara, Julie. 
Cette histoire d’amour, restée au niveau du fantasme et jamais exprimée (ni à Clara, ni à la charmante Julie elle-même), aboutira à un terrible chagrin lorsque la jeune fille annoncera son mariage avec le comte Radicati. C’est de cette violente et fugitive déception amoureuse que naît la Rhapsodie, sorte de douloureuse méditation sur la souffrance et le moyen de transcender cette souffrance. Pour cela, Brahms utilise trois strophes d’un poème de Goethe, Harzreise im Winter (Voyage dans le Harz en hiver), exprimant un épisode triste de sa vie : en 1777, le poète avait traversé les montagnes pour aller rencontrer un jeune homme bouleversé par la lecture de Werther, et dont il ne put empêcher le suicide. 
Mais cette œuvre est aussi le fruit d’une seconde rencontre, celle avec la grande cantatrice et compositrice française Pauline Viardot, sœur de la Malibran, dont Brahms avait fait la connaissance grâce à Clara Schumann. De 1863 à 1870, Pauline s’était installée à Baden-Baden, en Forêt noire, avec toute sa famille. C’est aussi là que Brahms passait ses étés à composer sereinement dans la maison qu’il louait non loin de celle des Viardot. Il apprécia le talent, l’immense culture et le rayonnement européen de la cantatrice française, égérie de Tourguéniev comme de Chopin ou de George Sand, et il vit aussitôt en elle la créatrice idéale de cette Rhapsodie, ce « chant nuptial pour la comtesse Schumann », comme il aimait à le surnommer avec une pointe d’ironie. 

L’œuvre se divise en trois parties correspondant aux trois strophes (strophes 5, 6, 7) retenues dans le
poème de Gœthe. La première s’ouvre par un long prélude orchestral traduisant le vide absolu, le néant dans lequel est plongé l’être humain : trémolos des violons en sourdine, incertitude tonale, grondement des bassons et des cordes graves… De ce chaos harmonique, s’élève la voix du contralto solo (tessiture dans laquelle Pauline Viardot était la plus émouvante) :

Mais qui est cet homme à l’écart ? Par de brèves interventions dramatiques, sombres et entrecoupées,
la voix semble s’engouffrer, fragile, dans un univers sonore qui la dépasse, à la manière du jeune homme errant, englouti par la nature qui l’environne. 

Aber abseits, wer ist’s ?
Mais là-bas, qui est-ce ?
Son chemin se perd dans les broussailles,
derrière lui
les buissons se referment,
l’herbe se dresse à nouveau,
le désert l’engloutit


La deuxième strophe (Qui saura guérir les souffrances ?) montre déjà une sorte d’apaisement
malgré la douleur profonde contenue dans la sublime mélodie du contralto. Certains mots révélateurs, tels poison ou haine des hommes, sont soulignés par l’orchestre, avant qu’une touche d’espoir ne vienne saluer l’expression plénitude de l’amour.

Ach wer heilet die Schmerzen
Ah qui guérira les souffrances de celui pour
lequel le baume devient un poison ?
De celui qui, de la plénitude de son amour,
voit naître la haine des hommes !
D’abord méprisé, aujourd’hui détracteur,
il gaspille secrètement
sa propre valeur
dans une inestimable recherche de soi.


Arrive enfin le moment de grâce de cette partition, cette troisième strophe qui n’est autre qu’une prière adressée au « Père d’amour » (S’il est sur ton psaltérion…). C’est là qu’entre pour la première fois le chœur d’hommes. Ce choix de Brahms peut s’expliquer par des raisons purement esthétiques (des voix d’hommes seuls peuvent mieux renforcer la couleur sombre de l’ensemble de l’œuvre) mais aussi par des raisons plus psychologiques (le chœur d’hommes traduit un « monde sans femmes », comparable à ce qu’est la réalité du compositeur au moment de son chagrin amoureux). La voix de la soliste ne va plus cesser désormais d’être soutenue, accompagnée, embellie, par ce chœur masculin, traité à la manière d’un hymne quasi religieux. L’œuvre change alors de couleur : les fractures, les aspérités, les souffrances des deux premières strophes semblent s’effacer peu à peu au profit d’une sérénité retrouvée, d’une plénitude orchestrale et vocale, enfin possibles grâce à la ferveur de cette émouvante prière.

Ist auf deinem Psalter…
Père de l’amour,
si ton psaltérion renferme un chant
auquel son oreille se montre attentive,
alors rafraîchit son cœur !
Révèle à son regard voilé
les milles sources
voisines de l’homme assoiffé
dans le désert !


Comme Brahms l’avait souhaité, c’est Pauline Viardot qui créa la Rhapsodie, en 1870 à Iéna, Ernst Naumann dirigeant l’Akademischer Gesangverein. Sans vraiment comprendre le drame intérieur qu’avait vécu le compositeur, Clara Schumann n’en fut pas moins émue, comme l’atteste son Journal intime :
« Il y a quelques jours, Johannes m’a montré une œuvre merveilleuse pour alto, chœur d’hommes
et orchestre. Il l’a appelé SON chant nuptial. Il y a longtemps que je n’avais ressenti une impression
aussi vive ; j’ai été secouée par la peine profonde exprimée par ses paroles et sa musique ».

08/02/2014

Emovere









***

Archives et travaux de la chorégraphe, danseuse, interprète, calligraphe, auteur, poète








Le mot "émotion" vient du verbe "émouvoir".
Il est basé sur le latin emovere, dont e- (variante de ex-) signifie "hors de" et movere signifie "mouvement"
 

 ***




"Mouvement : Sur la scène comme sur la page, dans le corps qui danse et dans la main qui trace"





"Je porte au coeur de mon tourbillon
un milliard de grâce rondes
ailes pour déplacer
la perception"



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"En proie à ta manie d'accumuler 
plonge cette page dans l'eau
l'encre bave le papier se dissout
ton regard se désemplit
plus rien à chercher
c'est alors que tout peut arriver"




















“Il suffit de peu de mots à l’esprit contemplatif pour effectuer une percée dans le domaine de l’essentiel, inhérent à la poésie. Le haïku est un moyen de nous ressaisir dans notre « être ici-et-maintenant » par une condensation des perceptions qui offrent un accès direct à l’illumination de la conscience. Ces courts poèmes ne suivent pas un  ordre particulier. Ce sont plutôt des miroirs qui reflètent « les choses comme elles sont en elles-mêmes ». L’expression spontanée dont j’use ici est de même nature que la danse ; il s’agit de cerner les idées et intuitions qui pénètrent le cœur pour que mots et réflexion se fassent action, d’atteindre au royaume, invisible et visible, du temps de  l’esprit, espaces sur le papier ouverts à la pensée.” "brins d' herbe"- C.Carlson - Actes Sud





07/10/2013

La Chevauchée

Certains, quand ils sont en colère,
Crient, trépignent, cassent des verres...
Moi, je n'ai pas tous ces défauts :
Je monte sur mes grands chevaux.

Et je galope, et je voltige,
Bride abattue, jusqu'au vertige
Des étincelles sous leurs fers,
Mes chevaux vont un train d'enfer.

Je parcours ainsi l'univers,
Monts, forêts, campagnes, déserts...
Quand mes chevaux sont fatigués,
Je rentre à l'écurie - calmé.
Jacques CHARPENTREAU

Voix Louise M.
Claude Debussy- L' isle joyeuse


Elle avait le choix d'un poème parmi une vingtaine.
Elle a choisit celui-ci.
Pour L. parce qu' elle le vaut bien, que je l'aime et qu'elle peut lire un blog, à présent...
:-)

11/09/2013

Au jardin de Totoro



"Moins pessimiste que d’autres Miyazaki, Mon voisin Totoro n’en aborde pas moins les thèmes et combats chers au cinéaste, à commencer par la sauvegarde et la toute-puissance de la Nature. Jamais soumise à la moindre menace, rendue à sa souveraineté tranquille, celle-ci apparaît comme un cocon protecteur où l’enfance peut s’épanouir - une vision d’autant plus idyllique qu’elle s’inscrit dans le passé et les souvenirs du cinéaste.

Le dessin soigné et gracieux, le trait tout en simplicité mais néanmoins inventif de l’animateur japonais, contribuent à magnifier une végétation splendide et une faune plus ou moins fantastique, afin de rendre appréciable le "message" qui sous-tend l’ensemble. Et pour rendre d’autant plus authentique cette immersion dans la Nature et ce pur éveil à l’émerveillement, Miyazaki privilégie une approche sensitive pleine de tact, faisant appel à la fois à nos yeux, à notre ouïe (subtil travail sur le son) et à d’autres sensations perdues (toucher, goût).

Puisant tout autant dans les croyances ancestrales locales (la chat-bus bakeneko, variante de la réincarnation) que dans des références culturelles plus occidentales (la descente de Meï dans le terrier de Totoro rappelle Alice au pays des merveilles), Miyazaki atteint à l’universel et propose quelques idées visuelles propres à marquer durablement l’imaginaire enfantin ; en résultent quelques pépites, telle cette scène fantastique et quasi-muette à un arrêt de bus, ou encore ce rêve éveillé où les trois Totoro font pousser une forêt entière en une danse mystique et nocturne, en un hilarant ballet de parapluies - incontestable sommet poétique du film.

Si les adultes pourront lui préférer les œuvres plus ambitieuses et plus noires de son auteur (type Le château ambulant), si la tendresse rieuse de Totoro n’a pas la puissance du souffle épique et désespéré d’un Nausicaä, ceux qui ont conservé leur âme de gosse reconnaitront ici une œuvre d’une grande qualité, atteignant à l’excellence avec la modestie des sages. Quant aux petits n’enfants, difficile d’imaginer spectacle plus pur et plus (discrètement) sophistiqué à leur mettre sous les yeux."

extrait article avoir à lire

10/09/2013

The path of the wind


Musique finale du dessin animé Mon voisin Totoro, du cinéaste Miazaki
qui en termine avec sa production de long métrages, mais pas complètement de l'animation.
Cette musique ravie notre intérieur quotidien.

02/07/2013

Le labyrinthe



La boue dont elle se souvient le mieux

de celle qui pompe et suce

de celle qui trahit le corps,

sable mouvant tirant vers là

où l’air est épaissi de graviers, là

où son corps est un champ de bataille.

La motte qu’ils ont soulevée

était pour elle une pierre, son douloureux

tambourinage une danse de colère

disparue entre les coutures épaisses

qui maintenant resserrent sa poitrine sur elle même.

Elle est perdue sous terre

sans Orphée ni guide. C’est le labyrinthe

sans le minotaure ; là où la fraîche

découpe bleue du ciel est un souvenir évanescent.

Elle sait bien que ceci est un conte de fée

macabre, où des touffes de cheveux

sont arrachées pour tresser une corde

qui la ramène à la surface, ou alors

sont posées par terre dans les forêts obscures

comme des indices pour son retour. Il n’y a

personne d’autre, juste ce corps

et sa tête autrefois si brave qui tourne sur ellemême

sous les étoiles scintillantes du sol.

Ceci est le voyage où une femme

se métamorphose en jeune fille dont la vertu

déjoue le mal, et cherchant son courage

plutôt que de hurler la tête entre les mains,

trouve la bonté où elle n’aurait jamais regardé.

C’est regarder qui est le plus difficile,

faire face au futur d’un œil clair qui implore :

renvoyez les noirs corbeaux, les dragons du pays

de la mort, renvoyez les sorcières, les vieillardes, les hommes

fous, les chevaux sauvages.



Je trouverai mon chemin pour rentrer à la maison.


d' Adrienne Eberhard  - traduit de l’anglais par Christine Bonduelle

http://www.revue-secousse.fr/Sonotheque/Sono.htm ( par Anne Segal)

24/02/2013

Contre rive

A tout
Hasard
et contre
un jour.
A la traverse
De nos visages
Mis en regard.
Ligne de fond.
Présent hasard
Et à raison.
Un mot et sons
au fond de l’eau.
Arbre en mirage
Et tant de larmes.
Trop de mémoire
Mise au bazar.
Toile de l’une,
Encre de l’autre.
Sous la poussière
l’ange animal
Démâte les dents de notre roue
sous les bleus de nos orages.
Grain des miroirs
sous un frisson
Par la présence
De ce nom.
Contre regard
sur un visage.
Le fil des rames
courbe tes lignes
A la lune de ce charme.
Éclair.
En plein visage,
La ligne obscure de cette barque
Emporte ton sourire
contre la rive de mon front.

Contre rive - Astrid Shriqui-Garain

18/02/2013

Des senteurs


"Il y a un dénominateur commun à tout ce que j'aime déguster, l'élégance. L'élégance de l'âme pas celle de l'apparence, à quoi sert un bel habit s'il abrite une vilaine âme...la finesse qu'elle exprime, la franchise aussi, la netteté, pas d'arômes déviant ou de déséquilibre dans les saveurs (sucré, salé, acide, amer), de surcroit, elle n'empêche en rien l'expression du caractère, elle peux se cacher au sein d'une rudesse, d'une rugosité ou encore d'une déficience de tempérament, peu importe pourvu qu'elle soit là bien présente. Au delà de cette élégance, j'aime les vins assez androgynes, ils fournissent plus de facettes, de complexité, de matière à découvrir, sentir, toucher... l'attaque et la finale sont également importantes quand je déguste, la première impression, spontanée, directe, authentique et puis l'au-revoir, regarder la voiture partir avec les gens aimés à l'intérieur, les ressentir vibrer en vous jusqu'au bout de la rue, jusqu'au bout de l'absence; le fil d'Ariane qui vous attache à vos sensations, à vos âmes soeurs...la longueur en bouche se mesure en secondes ou même en minutes parfois... "

H. A.

13/02/2013

           La Nuit Américaine

On imagine toujours les autres.
On les devine.
On les rêve parfois.
On imagine toujours les autres.
On en oublie de se penser soi.
Qui est cet autre que tu fais vivre en toi?
On le maquille et on l’habille.
Il se prête, et on le pose.
On le suppose, on s’en inquiète.
Mais qui est l’autre ?
Celui que l’on ne connait pas ?
On le décore, on l’enjolive,
On déplace la lumière ,
Hors champ ou en gros plan.
Zoom arrière, en contre-champ.
On le raccorde, on le séquence,
On synchronise ses répliques.
Quel est le bon angle,
Hors caméra ?
On le figure et on le file.
Qui sont vraiment les autres?
Ceux que l’on croise,
Avec qui on s’entrecroise ?
Ceux avec qui on se place,
Ceux avec qui on s’entrelace?
Que voit l’autre? Celui que tu regardes.
Quel est ce film que tu ne verras pas?
On l’invente on le dessine
On le caste et on l’adapte,
On le censure bien des fois.
Qui est cet autre que tu fais vivre en toi ?
Une nuit américaine en plein soleil ?
Ou juste ta propre mise en scène ?
Quel est cet autre, dis moi ?


 La Nuit Américaine - Astrid SHRIQUI GARAIN -



08/02/2013

Poésie dans l'hémicycle


Toujours en plein débat parlementaire sur le mariage pour tous, Christiane Taubira avance casquée, devant cette assemblée d'opposition d'un autre temps, avec pour armes parfois la poésie. Qui ne sont pas de vains mots.
On sent que le débat est non seulement affaire de famille mais reconnaissances sociale pour tous ceux qui savent ou ont éprouvés ce qu' être "différent" signifie.
Madame Taubira a d'ores et déjà gagné ses galons de puissante oratrice, il n'y a qu'à regarder les derniers échanges des jours passés qui circulent sur le net. Elle ne lâche rien. Et lorsqu'on entend  "n'est pas Simone Weil qui veut" de la part des députés adverses, je crois qu'ils n'ont pas bien mesuré d'où vient l' origine de son combat contre l'indifférence et la non reconnaissance des droits à tous les humains, quelque soit leur île. N'est pas Christiane Taubira qui veut .

04/02/2013

Ricochets...

photo:moi


LECTURES - I

Si tu mets une perle dans ta bouche,
Ne te contente pas de savoir qu'elle s'y trouve.
Demande toi ce qu'il convient d'en faire.

Si tu aimes le printemps,
Ne te contente pas d'en rêver.
Demande toi quelle couleur tu donneras à l'été.

Si tu sais le silence,
Ne te contente pas de le briser
Ouvre ton coeur pour recevoir les mots versés.

Si tu réponds à l'appel,
Ne te contente pas de te lever,
Demande toi par qui ton nom fut prononcé.

Si tu donnes ta parole,
Ne te contente pas de t'estimer
Fais en sorte de ne jamais l'oublier.

Si tu reçois une parole
Ne te contente pas de la réciter.
Fais en sorte de bien l'enseigner.

Si tu trouves le passage,
Ne te contente pas de t'échapper.
Passe, mais assure toi d'être le dernier.

Si tu goûtes le miel,
Ne te contente pas de sa douceur ambrée.
Rappelle toi le froid de tes hivers passés.

Si pour finir, il ne vient personne,
Ne te contente pas d'attendre encore.
Demande toi ce qui t'empêche d'oeuvrer.

Astrid SHRQIUI GARAIN - cc - unjourunpoeme.fr (Atos)
02/2013

10/05/2012

Là-bas ou vers...




Plaisir de cette langue mêlée, la sonorité anglaise me touche profondément, et la voix de Valérie Rouzeau aussi,  qui a gardé cette part d'enfance. Très touchante lecture et découverte littéraire.
Sacrée.

26/12/2011

50 words for snow



En partance vers la Montagne, son petit wild man, et autre famille... avec cette divine chanson dont je suis juste tombée amoureuse...

Je crois n'avoir pas ressenti ça pour un album musical depuis une éternité...
2012, dans ce très bel écrin  crée par Kate Bush:  50 words for snowwhou ! Divin -

21/10/2011

Voix textuelle


"C’est l’enfance d’une évasion.

Née à trois heures sous les forceps, Jeanne sur la peau de qui on peut déchiffrer cette tache de naissance : Tu vieilliras mal.

"Je tisse d’étranges tapisseries que je défais quand je ris."
Jeanne pourrait rester là des siècles à mâcher son épi en guise de paradis.
                                                                     
Mais à treize ans les premières voix font irruption à même la vie.
Marie ouvre la bouche et tout s’éteint.
La Vierge parle à Jeanne (Seigneur sa voix résonne comme dans une salle de bains), elle la chérit, quel mal de tête, quelle audace, et si fière, quelle honte.
Jeanne grimace et de toutes ces voix fait un paquet aussitôt mis aux oubliettes.

Trois jours, et de nouveau la Vierge se déverse dans son oreille.
Seule Jeanne la voit, Sainte Vierge au milieu des vendangeurs. Elle paraît si jeune. Jeanne se cache dans les fougères.

Deux jours encore et la Vierge parle sans énigme.
- Tu as la clé, j’ai la serrure."



Extrait de "Sainte dans l'incendie" de Laurent Fréchuret 


Sainte dans l’incendie

« Il te faudra bien faire un beau jour comme tout le monde‚ attendre le soleil‚ la pluie‚ l’ange agricole et les siècles des siècles‚ inhumaine‚ ne te cherche pas de malheur dans les rêves‚ ne t’invente pas de marques‚ refuse à ton corps ce chômage‚ prends en honte ce monologue de sourde‚ ce luxe de double vie‚ il suffit de vivre brave et de mourir dans du linge propre. »
La mère crie au nez de la famille.
« Jeanne s’en va. Tout est foutu. Elle veut refaire l’histoire de France. »

Sainte dans l’incendie est une fantaisie héroïque‚ une suite de variations sur une petite paysanne de légende‚ brûlée par la vie‚ traversée par des voix oubliées‚ échafaudant une autre histoire de France‚ faisant théâtre de tout. La traversée au pas de course d’une petite vie infinie. 
Il s’agit d’une rêverie éveillée, d’une action d’enchantement, des intuitions d’une ignorance infuse, d’art naïf, d’une fraternité dans les ruines, d’un amour anachronique, d’un hommage au jeu du fou au pied du bûcher, d’une confidence, d’une lutte joyeuse, d’un dialogue public. L’ombre d’une chance.
De la matière pour une athlète du verbe.


Un texte interprété par Laurence Vielle dont j'ai déjà évoqué ici mon admiration, à l'écoute de sa  distillation poétique et phonétique, non pas son phrasé mais son "marcher textuel".
Si ça vous tente, j'y serai sans doute ce week-end.
Du 13 octobre au 6 novembre
Maison de la poésie, 
passage Molière, 
157 rue St martin, 3ème arr Paris.


 

15/10/2011

Petit tour à l'Ex-position

Il y avait un texte en exergue, en incipit, et mieux que cela un "liant" prévu entre les images.
Une invitation.

Il y avait une main tendue à visée unique où chaque minute, heure, seconde répétaient le mouvement vers.
Et il y a eut un avant et un après. Entre les deux... une agression.


" Elles ont l'air de dialoguer entre elles... mais ce n'est que pure apparence. Le vrai dialogue se fait avec vous, vous qui passez. Alors ces images reflètent ce que votre âme y projette. Rieuses ou mélancoliques, elles vont se loger dans votre mémoire. Il y a tant de place ici pour le quotidien et le rêve."


Puisqu'on m'y invite,  je vais projetter dans cet entre deux ces quelques mots.
La main tendue ressemblerait au douloureux espoir de ces mots qui n'ont pas pu prendre place là où ils étaient prévus. Le sens en a été brisé. Etouffé. Une fois encore. C'est toujours une fois de trop, non ?



On ne peut s'empêcher de donner du sens. On ne peut empêcher la volonté d'acquérir un peu de grandeur, ni de rêver ces images dans un espace unique et plus grand, là où chacune aurait l'espace de dialoguer librement.
 
Je suis allée ensuite boire des canons avec Le bourdon masqué qui s'en est tenu au jus vitaminé, parce que j'avais grand soif de verres alcoolisés.



25/09/2011

Nocturne



Entends, entre les notes du pianiste, ces élucubrations-vibrations,  là, s'y dissimule la plus petite d'entre nous. Elle requiert attention et écoute, elle bouffe la vie, veut savoir mais pas apprendre.
-"Dis maman à quoi ça sert tout ça si l'on ne peut en jouir ?"
De la vie... 
-"Je ne sais pas, mon petit coeur, à quoi ça sert tout ça... si ce n'est, vois-tu, d'avoir la beauté d' une nocturne de Chopin traversant un instant sa vie. Presque ça suffit.
Je sais, tu la trouves triste cette musique. Moi, non.
Tu peux aller jouer, va..."

13/10/2008

Mnemosyme

Un signe, tels nous sommes, et de sens nul,

Morts à toute souffrance, et nous avons presque

Perdu notre langage en pays étranger.

Car lorsqu’un débat règne au ciel

A propos des humains et que les lunes

Vont leurs cours, imposantes, la mer

Elle aussi parle et les fleurs doivent

Se chercher une voie. Mais quelqu’un demeure

Indubitable. Il peut, chaque jour, changer

Le cours des choses. A peine lui faut-il

Un décret. Et la feuille bruit alors et, près des glaciers,

Les chênes

Agitent leurs rameaux. Car les Maîtres du ciel n’ont

Point Toute-puissance.

Oui, les mortels avant eux

Atteignent

Le bord du gouffre. Ainsi l’écho change

Avec eux.

Le temps est long, mais voici paraître

Le vrai.


Mnemosyme - Friedrich Hölderlin


Fabienne Verdier, une peinture tout en vibrations.

Rencontre avec Fabienne Verdier, à l'occasion de la publication de ses carnets de recherche "Echos" de 2017 à 2022.     J...