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08/11/2019

De l'amour des voyages



De l’instant de nos voyages,
il faudrait vouloir ne rien en dire.
Mais, après les avoir connus,
revenir à l’autre et lui sourire.
Offrir au souvenir l’empreinte de ce que nous y avons laissé.
Et en patience, porter à notre terre les germes de leur promesse.


Tendre partir auquel on se conviait.
Tendre partir dont on ignorait ce que l’on y trouverait.
Aventurier de son unique espace.
Partir seul,
L’âme en proie et le désir en proue.
Partir inopinément,
Partir en inconnu des autres,
En ne s’imposant ni le temps, ni la distance,
Mais uniquement un possible différent.


Partir vers d’autres lieux.
En voyage toujours.
Jamais en fausse résidence.
Sans mauvaise compagnie.
Songer que notre désir
nous précède et galope devant nous.
Qu’il annonce notre venue.
Songer à se rendre en un lieu,
L’imaginer bien avant que de s’y rendre.
Vivre un chemin avant d’en atteindre le but.
A l’instant de ce voyage, longtemps, il faut veiller.
C’est dans cette attente que débute le conte.
Savoir partir pour poursuivre un voyage
comme nous le ferions d’un rêve.
Et puis en poupe,
Penser peut-être à un retour,
Le supposer et le laisser filer.
Il faut connaître ce que l’on quitte
Pour mieux attendre ce qui nous vient.
Penser aux terres connues,
Les oublier un peu,
et les laisser à la patine des enfances.
Ne rien en savoir, mais y songer,
Et ne jamais les ignorer.
Ne pas se poser en un lieu
Mais se soumettre à son transport.


Nous ne savons plus voyager
Nous partons sans doute,
Mais nous n’écrivons plus à notre cœur
Lorsque notre corps est en chemin.
Que savons-nous encore d’une halte ?
De notre souffle, d’une étape ?
À ne plus rien mesurer nous ne savons plus considérer.
Les hommes partent en vacance
et ne désirent qu’y demeurer en assurant leur aisance.
C’est à eux-mêmes qu’ils donnent congés.
La vacance est un état qui trace parfois de sévères frontières.
Les hommes ne savent plus se quitter.
Ils ne se séparent jamais.
Et se reposent parfois en un lieu étranger,
Là, dans quelque lit, ils s’endorment sans histoire et trop vite.
Le voyage sans retour a quitté leur pensée.


C’est dans un regard que l’on sait le voyage qui a construit une âme.
Quelle terre elle a traversée, quel lointain elle a embrassé.
Elle était en un ailleurs qui à présent se vit en elle.
Son récit est toujours singulier.
Devant un mot elle s’arrête soudain,
Là, où coule cette rivière dont elle connaît la source.
On se remet au monde et on découvre sa place.
On voit les boutures rapportées de son périple
Prendre vigueur et hardiesse sauvage.
On goûte le moment d’un autre retour
Et on s’étonne de son inconnue saveur.
C’est au présent, en sa mémoire, qu’il convient d’offrir cet espace.

De l’instant de nos voyages,
ll faudrait vouloir ne rien en dire.
Mais, après les avoir connus,
venir aux autres et leur sourire.
Laisser en souvenir l’empreinte de ce que nous y avons laissé.
Les cernes bleus que dessinent les voyages modèlent chaque visage.
C’est ainsi que se lit l’impression d’incroyables paysages.


  Astrid Shriqui Garain
Extrait du recueil « Ynys Avallach »,
Les éditions du Littéraire – La bibliothèque de Babel
juin 2014 – ISBN-13 : 978-2919318223

02/07/2013

Le labyrinthe



La boue dont elle se souvient le mieux

de celle qui pompe et suce

de celle qui trahit le corps,

sable mouvant tirant vers là

où l’air est épaissi de graviers, là

où son corps est un champ de bataille.

La motte qu’ils ont soulevée

était pour elle une pierre, son douloureux

tambourinage une danse de colère

disparue entre les coutures épaisses

qui maintenant resserrent sa poitrine sur elle même.

Elle est perdue sous terre

sans Orphée ni guide. C’est le labyrinthe

sans le minotaure ; là où la fraîche

découpe bleue du ciel est un souvenir évanescent.

Elle sait bien que ceci est un conte de fée

macabre, où des touffes de cheveux

sont arrachées pour tresser une corde

qui la ramène à la surface, ou alors

sont posées par terre dans les forêts obscures

comme des indices pour son retour. Il n’y a

personne d’autre, juste ce corps

et sa tête autrefois si brave qui tourne sur ellemême

sous les étoiles scintillantes du sol.

Ceci est le voyage où une femme

se métamorphose en jeune fille dont la vertu

déjoue le mal, et cherchant son courage

plutôt que de hurler la tête entre les mains,

trouve la bonté où elle n’aurait jamais regardé.

C’est regarder qui est le plus difficile,

faire face au futur d’un œil clair qui implore :

renvoyez les noirs corbeaux, les dragons du pays

de la mort, renvoyez les sorcières, les vieillardes, les hommes

fous, les chevaux sauvages.



Je trouverai mon chemin pour rentrer à la maison.


d' Adrienne Eberhard  - traduit de l’anglais par Christine Bonduelle

http://www.revue-secousse.fr/Sonotheque/Sono.htm ( par Anne Segal)

24/02/2013

Contre rive

A tout
Hasard
et contre
un jour.
A la traverse
De nos visages
Mis en regard.
Ligne de fond.
Présent hasard
Et à raison.
Un mot et sons
au fond de l’eau.
Arbre en mirage
Et tant de larmes.
Trop de mémoire
Mise au bazar.
Toile de l’une,
Encre de l’autre.
Sous la poussière
l’ange animal
Démâte les dents de notre roue
sous les bleus de nos orages.
Grain des miroirs
sous un frisson
Par la présence
De ce nom.
Contre regard
sur un visage.
Le fil des rames
courbe tes lignes
A la lune de ce charme.
Éclair.
En plein visage,
La ligne obscure de cette barque
Emporte ton sourire
contre la rive de mon front.

Contre rive - Astrid Shriqui-Garain

19/02/2013

Happy Birthday to You

 Hélénablue par Laure K. 
Nos routes se font sentiers, le jour décroît. il est temps, pour moi, de me confier.
Ne vous ai je jamais dit celle que j’ai eu le bonheur de rencontrer?
Mon ami, frère d’âme, il me vient à cette heure l’envie de vous dire qui elle était.
Son souvenir entretient encore aujourd’hui cette flamme qui me laisse à vivre la joie de m’éveiller.
L’avoir connue est encore, à ce jour, ma plus grande aventure.
Et si je sens battre en moi avec force ce cœur d’homme, c’est à elle que je le dois, encore.
Je vous dirai qu’en elle, tout un monde me plaisait.

Lorsqu’elle venait à prendre congé de vous elle ne vous quittait jamais.
Elle s’évaporait vous laissant le plaisir de la regretter. Elle laissait les choses là où elles en étaient, ne les dérangeait pas, ni ne les bousculait.
Il s’agissait bien plus que de respect.
Elle avait en elle chose bien rare en humanité. Il y avait en elle de la bonté.
J’en suis venu à croire que sur toute chose elle déposait un peu de son âme.
Toute rencontre devenait pierre précieuse. L’espace devenait limpidité.
C’est bien en sa présence que j’ai su l’intimité.
Tout en velours et en essence, le temps venait jusqu’à nous. Et, je reconnaissais le miracle lorsqu’elle me souriait.

Certains vous diraient mieux que moi quelle belle âme elle était. Je vous dirai quel refuge elle a su me donner.
En sa présence je m’animais , et devenais meilleur, rejetant l’a peu près, m’obligeant à atteindre le plus vrai.
Elle était évidement belle. Et jamais je ne m’en lassais.
Il y avait dans le choix de de ses mots de la justesse, et, dans leur usage, la sagesse prenait place.
Ses gestes précis laissaient deviner l’exigence dont elle se paraît.
Une exacte tempérance permettait à ses propos de prendre vie, face à vous, et cela sans aucune outrance. L’urgence de les comprendre vous venait .
Elle avait l’élégance de ses sentiments, naturellement en accord avec le monde qu’elle accueillait. Par ses soupirs elle devenait symphonie.
C’était un éveil que de l’entendre, et de tout mon cœur je l’écoutais.
Tout en elle s’offrait lorsqu’elle vous regardait.
D’élégantes retenues, quelques silences entendus, ainsi qu’une intense lumière imposaient la distance, qu’elle même, estimait.
Il y avait importance à la voir. Et lorsque ce jour s’annonçait, je revêtais calme et assurance.
Si au hasard d’un échange, une épineuse violence se dévoilait, la colère lui était étrangère. Son indignation claquait comme un fouet.
Puis, par une flamboyante démonstration elle vous donnait à respirer un air iodé , comme l’apporte le souffle de l’orage lorsqu’il vient refermer, avec fermeté, une croisée négligée .
Par tous les temps, il me plaisait de la contempler.

Il y avait en elle tant de courage qu’elle vous invitait à penser le monde en amitié.
Et je m’étonnais, en sa présence, de songer, sans ombrage, aux heures qui nous sépareraient.
La revoir était une promesse dont je parais mon âme avec tendresse.

Il y avait en elle sans doute quelques secrets mais de les desceller aucune envie ne me venait.
Je ne voulais en rien entamer l’harmonie de cette nature. Elle était ainsi et cela me convenait.
J’aimais la deviner bien plus encore que la connaître. J’avais grande faim de qui elle était, mais ne souhaitais jamais en être rassasié.
C’est donc toujours avec mesure que je m’en approchais, prenant soin de ne pas la déranger.

Ainsi ce soir, mon ami, il m’a plu infiniment de vous la conter.
Vous comprenez mieux sans doute pourquoi la vie m’est devenue bienfait.
J’ai connu un incroyable royaume.
La félicité a donc un visage m’offrant l’image d’un sourire pour lequel, je l’avoue, je me serais livré à d’étranges enfers.
Mais elle était femme de Paradis, je restais donc au jardin en sa compagnie.

Je suis votre obligé mon ami.
Car, grâce à vous, ce soir, j’ai pu vous la dire telle que je l’ai vue et, ainsi, ai je pu la revivre encore.
Je me dois de vous l’avouer à la lumière de ce récit : je connais encore, aujourd’hui, le bonheur de l’aimer.
Et vous, mon frère , dites moi, un peu, je vous en prie, le royaume qui fit naître cet homme, et qui a fait de moi votre ami
.

          Elle- par Astrid Shriqui Garain

Fabienne Verdier, une peinture tout en vibrations.

Rencontre avec Fabienne Verdier, à l'occasion de la publication de ses carnets de recherche "Echos" de 2017 à 2022.     J...